Avec les dents.

Je dansais dans le bois, douce d’amour, de ces abandons en confiance, joyeux et voraces. Je dansais dans la rue, modernité fragile, le feu sous la toile, la louve dans la ville. Pieds nus, je dansais sous la lune. Habillée, je jouais avec le monde pour me noyer dans la foule.
Tu as approché la louve. Tu ne savais pas, ou alors trop bien. Je me suis laissée apprivoiser, farouche, un peu trop facilement sans doute. Quand tu reconnais dans l’autre ce que tu es, tu as tendance à baisser la garde. Même si tu sais que tu es capable du pire. Et donc forcément, lui aussi. 
Alors je t’ai aimé, tu vois. Tu étais là, avec tes mots doux et emballants, et je me suis emballée. J’ai rêvé beaucoup trop, j’ai aimé beaucoup trop, j’ai cru beaucoup trop à tes érections émouvantes, à tes peurs et à ta fragilité. J’ai caressé avec beaucoup trop de cœur cette hampe adorée, dans les émois les plus délicats. J’ai écarté avec trop d’ardeur mes cuisses affamées, j’ai embrassé avec trop de douceur ta bouche insatiable…

Et un jour, l’homme a blessé la louve.

Et blesser la bête, ça, ce n’est pas malin. J’ai remis mes vêtements, mes hauts talons, réappris les codes du monde, l’armure et la guerre. J’ai regardé ce silence méprisant droit dans les yeux, pour un dernier adieu. J’ai ouvert la bouche, sans qu’un mot ne sorte. Je t’ai souris. Puis je t’ai mordu. De mes dents pointues, je t’ai arraché les couilles, et dans une giclée d’un rouge parfait, j’ai recraché ma rage, mes larmes et mes espoirs déçus.

Et pour que l’étincelle se meure, j’ai écrasé de la pointe du talon tout début de turgescence, et je suis partie en courant. 


Sous des dehors plaisants, se cachent parfois des âmes cruelles.

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