Carats

Seule dans le lit, mon corps ne mime nul autre. Ce sont mes yeux sur mon sexe. Le chemin de mon plaisir, exploration solitaire en égoïste fantaisie. Miroir, mon bon miroir, montre-moi ce bouton magique, que l’on me dit d’aimer. Miroir, guide mes mains vers moi, ce ventre doux, ces lèvres rosées, ce cocon délice au goût mandarine.

Je serai égoïste, lectrice alignant les mots, d’une et une seule main, maladroite ou poisseuse. L’impudeur des cuisses écartelées autour de mes doigts volages, le velours carmin qui se fait soie…  Ma main dessine mon envie, comme on frapperait les cordes d’une guitare, de la pulpe, en douceur, l’accord par coeur, joué à l’aveugle. Retrouver la sensation enivrante déjà, de l’envie d’être prise et pleine.Le vertige  me prend quand mon index effleure la peau si fine, pétale fragile.

A l’entrée sombre  du fourreau de soie, doigt joue, provoque le creux, énerve et agace ventre, vorace tubéreuse qui, imperceptible, commence sa danse… Ondule un peu, bassin, tangue à l’envi, cherche cherche. Aux reliefs délicats de la chair, explore et frissonne, main, et visite, et rencontre, et comble cette douce ouverture vers l’émoi. D’un majeur, va, viens, joue. Provoque, titille, entre et reviens. Et repars. Et reviens. Et sur ta peau, le lait du désir, le goût aigrelet de l’envie, le miel de femme, et la chair brille, et les hanches dessinent de ces infinis qui m’emmènent loin jusqu’à l’oubli.

Petite inconscience, le souffle court, je promène mes ongles de gorge à sein. La rudesse de ma main durcit le téton, rougit la peau, et me donne de ces frissons émouvants, à chercher plus et plus vite, à prendre à pleine main le globe, tandis que doigts pincent, et s’emportent, fourrageant avec indécence la chair salée, timoniers d’un âtre où brûlent d’immenses lampées de plaisir, étincelles sous les paupières, et les muscles qui se tendent, et la chair palpite, et palpite, et palpite si fort…

A quelques mètres de moi, vous m’observez, spectateur silencieux à la bandaison flamboyante. Et vous savez l’humide qui affleure, le moite de votre peau sous vos doigts délicats. Soyons égoïstes, Darling, jouissons solitaires.

 

(La musique qui jouait : Melody Gardot en concert)

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