Cordes

T’ai je dit souvent, l’émotion magnifique des notes qui s’envolent ?
Ce corps-à-corps des mélodies qui se répondent, ces élans enflammés comme le frisson s’échauffe ?
Oui, la note est désir. Écoute le clapotis de ces doigts sur le piano, les coups qui résonnent quand l’enclume frappe la corde. Et doucement, prolonger l’écho, aux premiers gémissements du violon.
Ça commence doux, une caresse du bout des doigts, quelques notes par ci, une tierce par là. C’est le cou qui frissonne, ou l’épaule qui rougit.
Tandis que la main voyage en de graves oraisons, le trouble tendre me vient comme un premier émoi, cette envie folle, ce baiser, prélude à tant d’autres, à l’éphémère puissance.
Et le piano de s’adoucir, et les cordes de prendre rythme, c’est un ballet de notes, le marteau donne le ton, l’archet lui répond. De la balade en mi, de l’éphémère qui dégringole le clavier, et les doigts se tendent, une rondeur, un silence, un soupir aussi. Écoute la voix qui t’emporte, violon doux, et baisser la tête, tendre le cou, et les doigts pincent tes cordes, comme tu frissonnes avant l’attaque de l’archet, il bourdonne sur toi maintenant. Il va et vient, indécente histoire racontée à main ferme, sans trembler. Et piano résonne, et violon gémit. Et ton corps sur le mien suit le même chemin.
Aux émois du violon, mes reins s’arquent. Aux éclats du piano, ton sexe explore l’espace entre nous, le trouble et l’électrique, l’instant du contact entre ta chair et la mienne. Le parfait dialogue du piano et du violon, les envolées lyriques et entends les cymbales, et les grandes percussions, entends la main qui claque l’ivoire, et la corde qui répond de plus belle ? Entends-tu au creux du ventre ce rythme qui s’emballe, le soutien d’une note noire, la fragilité du baiser, le souffle perdu, et pourtant, réguliers, le rythme du marteau et la danse de l’archet ?
A douceur retrouvée, comme un sein caressé. Main douce ondule sur mes cordes, et piano s’est tu.

(Écrit sur Rachmaninov, Concerto pour Piano, et Tchaikovsky, Concerto pour Violon)

2 Comments

  • … Je ne vous savais pas inspirée par des musiques aussi romantiques, Nora… Faites connaissances avec les Valses- Caprices de Fauré. Je pense que cela vous plaira.

    • Ca me prend, parfois. Quand je suis en amour, quand la vie m’est douce, quand j’aspire au soleil, quand je n’ai pas eu de fessée depuis longtemps… Qu’importe ma chère, le prochain texte, en cours d’écriture, sera carrément pornographique. Varions les plaisirs !

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