Courbes


Les corps moites. Les cuisses brûlantes, et le dos humide encore, il y a ces heures d’indolence, la faiblesse de chair, dans la pénombre, l’oubli, je quémande l’oubli. Je ne veux pas savoir. Je savoure. Tout s’est arrêté l’espace d’une heure, ma peau et la sienne, percussions, ont dansé le tango magnifique, ont aimé les parfums que l’été révèle, les humeurs salées des ventres affamés, les cheveux qui collent et les reins fatigués. 
A la courbure de la hanche, une goutte d’eau. Je ne peux plus penser.
Les rythmes des cordes résonnent au loin, la mélodie égaie le balancement de mon pied, au ras du sol. Je joue avec cette sensation étrange : frôler la terre sans la toucher, frôler l’extase sans succomber. 

Les voix de femmes qui remontent du bassin troublent mon inconscience. La sauvageonne à mes côtés hésite encore un peu. L’eau ruisselle sur nos peaux, contraste. Elle a le sein doré, et le regard si noir. L’ombre lui dessine des chemins d’arabesque entre la gorge et le ventre, que je suis de la pulpe du doigt, du plat de la main, d’une bouche brûlante. Les parfums d’ailleurs nous appellent, la vie nous réclame, encore, petite vie d’urgences, mesurée de désir.

D’une éponge tiède, je lave le corps de ma mie, la parfume de jasmin et de bergamote, il y a du bleu dans mon désir. Effacer le froid des dernières heures, poser la douceur sur ses plaies d’âme, donner force à son corps, de mes mains caresser, étriller, réveiller les sens, guetter l’électrique au creux de la taille, arrondir l’émoi à la langueur de ses hanches, sillonner la vie de la nuque aux fesses, et les reins émotifs, et la peau qui frissonne, le poil se hérisse, les cuisses s’entrouvrent.

Je goûte le sel, quelque part entre ici et demain. 

2 Comments

  • Magnifique tout en sensations. <br />Je ressens intensément un moment vie et de chair avec la frustration de point comprendre le concret.<br />Poétique mais pas mièvre<br />Merci Norah

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