De soufre


La vie devant nous, comme une route de campagne, un chemin noir à travers les volcans, et le glacier, là, tout au bout de l’horizon. Parfois la chance sourit, et l’on découvre sa terre, loin ou proche. J’ai grandi au bord de la rivière, j’irai mourir dans les glaciers. Entre les deux, il nous reste un peu de route, histoire de goûter la vie, la substance et l’illusion, le plaisir et les os, rongés jusqu’à cette fameuse moëlle, les heures absolues, les moments d’émerveillements, les instants fragiles, la jouissance.

La peau… Voyez-vous cette joie ? La peau me donne plaisir à vos caresses, lorsque votre main comme maintenant file entre mes cuisses. La peau me donne jouissance du vent, de la pluie, du froid sur la pointe de mes seins. Peau encore me glisse joie quand votre désir y dessine des arabesques. Un souvenir s’invite … Celui d’un voyage en train, ou était-ce en camion ? Un ailleurs gris, l’impatience des retrouvailles, les corps brûlants sur le carrelage. La distance est un aphrodisiaque puissant. La mémoire aussi, qui éveille mon ventre aussi bien que le blanc m’arrache larmes. Mes yeux trop clairs, éblouis par la neige, par les trop grandes lumières et les petites joies.

Au bord de la route, l’hôtel. Sobre. Confortable. Une douche de pierres de lave, l’eau et le soufre.
La chaleur.
Tomber la laine.
Tomber la soie.
Dévoiler le lait du cou.
Souffler sur les doigts.
Frictionner le dos.

Mes fesses, mon ventre, mes seins cherchent le chaud. Votre peau. Votre bouche. De ma nuque à mes reins, vos lèvres gourmandes, de mes reins au creux de mon genou, votre langue encore, qui goûte et excite, qui prépare les routes de vos appétits. Et vos dents qui mordillent, vos doigts qui effleurent, pétrissent, caressent, titillent. Vos mains qui frôlent, vos bras qui enlacent, votre ventre qui réchauffe, votre sexe qui se dresse.

Entre le mur et moi, l’eau. Entre mon dos et vous, l’eau. Votre bouche n’en finit pas d’embrasser mes lèvres. L’équilibre me manque, la vapeur efface les distances et les pudeurs, je vous tends effrontément mes reins puis mon cul, cette assise généreuse aux courbes indécentes, qu’il vous plait tant à fesser, insolent appel au vice.

Alors vos doigts autant que votre langue presque fraîche font de mon entrejambe un paradis doux, en riant presque je jouis, ne sachant par quel bout de vous m’a prise, un peu de tout, tout doux.

Au matin, nous reprendrons la route, vers le glacier. En riant de notre ivresse sans vin, de la joie d’être là, de demain qui semble loin. Au prochain hôtel, je vous rendrai la pareille.

Laisser un commentaire