Au menu, clarinette.

Il y a bien longtemps, un amant passionné, pour m’impressionner, m’avait invitée dans un grand restaurant de la capitale, un de ces lieux mythiques où la tenue de rigueur impose classe et discrétion. J’en ai gardé un souvenir extrêmement raffiné, depuis la qualité des mets servis à la superbe décoration. Chaque tablée est aménagée dans une sorte d’alcôve bordée de longs draps de velours, garantissant aux convives intimité et discrétion.

J’adore visiter les restaurants, j’ai cette tradition, avec quelques amis précieux, de prendre rendez-vous une fois le mois, pour tester de nouvelles tablées. Chacun sa marotte : certains évaluent le service, d’autres l’accueil ou le choix des vins. Mon truc, ce sont les commodités. Un restaurant peut avoir la carte la plus tentante, si ses toilettes ne sont pas à la hauteur, c’en est fait de mon estime. Or, justement, cet établissement avait particulièrement soigné ses lieux d’aisance, qui se trouvaient à l’étage. Fait étrange, après quelques marches d’une essence de bois sombre, les escaliers pour accéder étaient pavés de miroirs, révélant à qui vous croisait la délicatesse d’une lingerie fine ou la jarretelle d’un bas.

Pour l’heure, le serveur, un jeune homme au visage enfantin, nous propose la carte. Dans son uniforme parfait, bombant le torse, il a des allures de héros romantique. Le pli du pantalon, au cordeau, les fesses joliment pleine tendant le tissu, le gilet ajusté… Le bellâtre en séduirait plus d’une dans l’assemblée. Le rose sur les joues de ma voisine Sylma m’en dévoile une déjà. Sylma a toujours eu un faible pour les hommes-enfants, ces jouettes au coeur tendre, et à la conscience légère. Ce soir, elle s’affiche en dentelle noire et jupe de cuir, c’est sa carapace à elle. Faible carapace, qui protège à peine ses seins lourds des regards flatteurs.

A ma gauche, la sombre Mabel… Mabel, c’est le feu et la joie, c’est l’injure polie, le plaisir généreux. Mabel a la gourmandise des barbares, l’âme d’un marin et le sexe pirate. Et pourtant, regardez-la. Son corsage de fille sage, son collier de perle, et son cardigan boutonné… S’il n’y avait sa main sur ma cuisse sous la table, Mabel aurait presque l’air coincée.

Toutes trois, nous sommes les invitées du Chevalier et de Madame, frère et soeur vivant sous le même toit, faute d’avoir pu s’accorder sur la part d’héritage revenant à chacun. Ils ont donc pris le parti de dilapider leur petite fortune en partageant mets de luxe et libertines tablées.

Le serveur, nos mets choisis, nous souhaite l’heure douce, nous proposant avec douceur un Concerto pour Piano de Rachmaninov pour nous mettre en appétit, suivie de cette petite merveille de Lac des Cygnes, et sa volupté délicate.  Sylma en reste coite, elle qui ne jure que par le souffle sur l’anche, allant jusqu’à pratiquer avec son amant la fellation musicale. Il se dit que cet usage très particulier du sexe de l’homme comme d’un instrument de musique exige un doigté et une maîtrise du souffle rares. Sylma le sait, elle qui ne partage ce talent qu’à ceux qu’elle aime vraiment.

Mabel, me voyant trépigner à table, m’emmène par la main vers le petit boudoir à l’étage. Elle me précède dans l’escalier, et je découvre non sans stupeur que les perles qu’elle porte au cou sont élégamment assorties aux perles qui habille son sexe, cintré de dentelle claire. Etonnante Mabel, qui semble toujours avoir a la langue sauvage et le sexe poli. C’est tête baissée que je monte l’escalier, me régalant du mouvement des cuisses de ma cavalière amie. A l’étage, je redécouvre ce lieu étonnant censé accueillir les dames en quête de rouge à lèvres, d’eau fraîche ou de sels. Une pièce assez petite, jouxtant les lieux d’aisance des hommes, est garnie d’immenses miroirs. Ces miroirs, m’avait confié mon amant d’autrefois, sont sans teint. Je ne l’avais pas cru, à l’époque, naïve amoureuse au sexe romantique. Aujourd’hui, la chose ne me semble plus aussi impossible. Je décide de tenter le diable. Mabel est parfaite, pour cela, toujours prompte à entrer dans la danse de mes fantaisies.

De la salle monte quelques notes de musique. Prokofiev a remplacé Rachmaninov. J’entends Sylma plaisanter avec le serveur. Nous avons peu de temps. Face au miroir, Mabel, que son déguisement de femme sage semble contraindre, déboutonne son gilet. Je profite de son inattention pour explorer les lieux. Une méridienne en velours, une commode d’époque. Sur la commode, une bassine émaillée, une cruche d’eau. Dans les tiroirs, je découvre  un attirail des plus troublants. Un superbe loup ouvragé, que je m’empresse de passer. Quelques carrés de soie colorés. Dans ces foulards, soigneusement protégés de la poussière, je découvre une collection de godemichés anciens, de la plus belle facture. Du bois le plus doux aux ambres les plus précieuses, des formes les plus modestes aux braquemarts les plus exigeants. J’appelle Mabel, et je vois à son sourire qu’elle a déjà pressenti le plaisir… Je lui demande de choisir l’engin de son choix. Effrontément, elle prend l’ambre, un quart de mètre des plus vigoureux. Et me désigne en souriant un petit marbre veiné de rose, « Pour plus tard », me dit-elle.

Je déboutonne son chemisier trop sage, admirant au passage ses seins magnifiques. Elle a beau jurer d’impatience, je prend le temps de baiser sa peau, sous le sein, au ventre doux, et de lui enlever cette jupe trop sage. La dentelle claire  et les perles sont du plus bel effet sur sa peau mate. Allongée sur la méridienne, le visage tourné vers le miroir, Mabel me tend son sexe drapé, « Tiens, goûte ». A califourchon sur la méridienne, je soulève son bassin, ses cuisses autour de mon cou. Je découvre avec ravissement ce tatouage de lys, là où la chair tendre se courbe vers la fesse. Mabel, ma putain magnifique, a le corps affamé, et réclame bouche. De langue en doigt, je prépare son sexe à l’ambre généreuse du godemiché précieux. Ma mie, le corps dénudé, semble perdre le fil du temps. Pourtant, j’entends des pas dans l’escalier. Au moment où je m’inquiète que l’on puisse nous trouver en posture si indécente, la lumière se tamise plus encore. Et le miroir s’éclaire. C’était donc vrai… Les mains toujours occupées à choyer Mabel, je réalise que nous ne pouvons être vues… La pièce qui se révèle est exactement la même que celle où nous sommes. Une commode, une méridienne, deux portes. Par l’une des portes vient d’entrer Sylma, accompagnée de Madame, la soeur du Chevalier. Mabel, au plaisir croissant, respire bruyamment. Nos voisines n’en devinent rien. Madame se maquille face au miroir, ses yeux glissant sur nous sans plus de conscience. Sylma, encore toute émerveillée du charme du serveur, pépie sans fin d’une joie presque adolescente. Cette délicieuse cachotterie, le silence à tout prix, ma langue sur son sexe nu, tout participe au plaisir de Mabel, dont les cuisses s’écartent plus et plus, tandis que le godemiché d’ambre pistonne son ventre. Dans un souffle, elle me dit « Le petit, le petit ». Alors je prends le marbre, et le glisse entre mes seins pour le chauffer un peu. Il ne faudrait pas gâcher l’instant…

A côté, un homme vient d’entrer. A son pantalon au pli parfait, ses fesses appétissantes et sa mise impeccable, je reconnais notre serveur. Madame, nullement gênée  de trahir le trouble de Sylma, dénude son sein, invitant le garçon à en téter la pointe rosée. Bien éduqué, il s’exécute, non sans proposer à Sylma de se joindre à eux. »Je n’ai qu’une bouche, ma chère, mais j’ai deux mains. Permettez que je soupèse ces globes majestueux ? ». Il n’en fallait guère plus pour réveiller la musicale volupté de la belle. Sylma dénude ses seins, et palpe délicate le fessier du musicien. Assise sur la méridienne, elle cède bien vite à la tentation de l’anche, déboutonnant d’une main, libérant de l’autre le manche. Ainsi occupé, nous livrant à leur insu un spectacle des plus en gaité, Madame, Sylma et le serveur jouent avec volupté.

La situation de notre côté du miroir n’est pas plus sage pour autant. Le marbre choisi par Mabel, chauffé à la tiédeur de mes seins, est prêt à l’usage. J’interroge Mabel du regard, « Est-ce là ton plaisir, ma mie ?’. Son oui guttural m’ôte toute réserve. L’ambre dans le sexe, le cul offert, Mabel exige et jure d’impatience, « Bordel veux-tu bien m’enfoncer ce godemiché ? ». Je lèche son offrande, et délicate, enfonce la tête, puis le corps veiné. Mabel n’entend pas la porte qui s’ouvre, tant le plaisir palpite à tous ses orifices. Derrière nous, le Chevalier s’astique, observant au travers du miroir le serveur jouant de la clarinette dans la bouche de Sylma, tandis que sa soeur, le sein humide, apaise ses appétits  en solitaire.

Au loin, le Cygne a fini de mourir, et Tchaikovsky résonne encore… Des odeurs de piano et de violoncelle montent jusqu’à nous. Il est temps de rejoindre l’alcôve, pour goûter notre prochain plat.

 

 

#VoulezVousJouerAvecMoiCeSoir

Dimanche 15 mars. Début du jeu : 20h30

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Fin de la partie : 22h51

3 Comments

  • Qqch me dit que je passerai en fin de soirée boire un verre avec mon ami serveur …

  • Gloups, very bandant!
    On retournerait volontiers a cette bonne adresse 🙂

  • Voilà donc un bon article, bien passionnant. J’ai beaucoup aimé et n’hésiterai pas à le recommander, c’est pas mal du tout ! Elsa Mondriet / june.fr

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