Sur une vieille musique griffée…

En façade, on jurerait un établissement des plus respectables. Mais au fond de la grande salle, à droite derrière le bar, il y a cette porte en bois, capitonnée de cuir. A peine ouverte, on en découvre une autre, ornée d’un hublot de vieux paquebot. Dans ce réduit entre deux mondes, montent quelques notes griffées d’une musique enfumée, l’odeur des cigares et du whisky tourbé. Il y a ce piano désaccordé, et un grand noir lui arrache d’une main quelques notes frelatées. Plus loin, un échalas mime l’amour à sa contrebasse.

La salle est grande. J’ai peur d’être la première. Une main ferme se pose dans mon dos pour me guider vers les vestiaires. Il me faut un peu de temps pour m’habituer à la semi-obscurité. Je cherche le sourire qui est relié à la main. Bien sûr. Ce sera lui. Aussi galant que discret, l’inconnu me dépare de mon manteau de laine, et disparaît dans l’obscurité.  Sous la laine, je révèle ma tenue fétiche, ce gilet d’homme extrêmement cintré, sur une longue jupe fendue, cet apparat fidèle à mes goûts, mixtes eux-aussi. Dans une baignoire ancienne, à l’abri des regards naïfs, je reconnais quelques amis… L’écrivain, celui-là qui a perdu toutes les guerres, toujours cinq doigts sur la machine, l’autre main sous la table. Ni vu ni connu, il joue du chibre presque distraitement. Une rêverie, sans doute. Son voisin de tablée, qui fut bel homme, c’est sûr, pelote les seins de la serveuse, la jeune Norma. Elle a ce charme des âmes fragiles, qui vous retourne le coeur sur la table autant qu’il vous dresse le ventre. L’aventurier, mon vieil ami.

Nous nous dirigeons vers le bar. Pour sûr, le service y sera plus rapide. Un jeune homme en habit – à dire vrai, il ne porte que la queue de pie et le chapeau, le reste de son corps étant offert avec beaucoup de générosité à mon regard assoiffé. Un jeune homme donc propose  quelques mélanges de son cru. Whisky-cola pour les ladies, alcool plus ou moins parfumé pour ces messieurs, mélangé à un café trop dilué. Qu’importe, pour peu que vienne l’ivresse.

Pour payer mon cocktail, je règle comme il se doit, selon le code des habitués qui font plus que boire, en pinçant le téton du serveur. Si le plus souvent, je me contente d’une pincette sympathique, il m’arrive de récompenser le joli d’une tétée délicate, mes lèvres humides sur son bouton, juste pour le plaisir de sentir son gland chatouiller mon nombril. Etre petite a bien des avantages.

Le contrebassiste a fini de rendre grâce, et changé d’instrument. Attablé au pied de la scène, il goûte les gorges de la Grande Rose, installée à califourchon sur ses cuisses d’artiste. Sur scène désormais, un saxo s’échauffe, de coups de rein en souffle pointu, il prépare son entrée spectaculaire. Ma voisine de tablée, la belle Ginger, le dévore déjà des yeux. Le show est rôdé, et quand le saxo s’emballe, Ginger a toujours le rouge aux joues. Assise entre elle et l’écrivain, il m’arrive souvent de devoir jouer des deux mains, pour apaiser leurs lubies. Pour l’heure, je me contente de saluer mes convives, en portant un toast à notre frénésie délicate, notre curiosité des ventres jouissants.

L’aventurier, toujours le premier volontaire pour explorer les terres inconnues, ce qui lui a valu quelques étoiles au chapeau, et quelques cicatrices de vie, part conquérir quelque belle voisine, misant sur ses voyages pour emporter la mise. Et quelle mise ! Le premier de nous cinq à  faire jouir un ventre inconnu gagne de tous la branlée de la gloire, cette caresse à langues et doigts auxquels même les plus vaillants ne résistent pas.

Le vieux beau tentera la serveuse. Sa blondeur l’émeut, à dire vrai, nous savons tous qu’il jouira le premier, tant Norma a fait de lui son jouet bien dressé. Collera-t-elle sa bouche sur son sexe ? Ou l’enfouira-t-elle entre ses seins rebondis ? A cette heure, nous n’en sommes qu’aux paris. misant sur le temps, qui de l’alcool ou des lèvres rouges achèvera notre homme.

Ginger a choisi le saxophoniste. Depuis qu’il s’époumone, elle ne se tient plus. Ses seins de rousse débordent de son corset, on en devine la pointe claire. Ma voisine, le feu au corps,  invitent ses pieds sur la table, me dévoilant la fente de son sexe. Gourmande, je m’agenouille pour goûter au lait acide, et flatter de quelques doigts son giron moite. Ginger, troublée,  n’attend pas le saxophoniste pour s’émouvoir. Son urgence apaisée, elle repousse gentiment mes doigts, préservant son antre brûlante pour le musicien délicat.

L’écrivain sait que celle qui lira par-dessus son épaule aura le sexe humide. A peine un peu ivre, il poursuit son écriture salace. Sans inquiétude et sans vergogne, il s’est déboutonné, puis de sa main libre a poigné dans son sexe, provoquant une étonnante bandaison.

Au fond de la salle, l’aventurier échange quelques mots avec le tavernier. Un homme jovial, ce tavernier, presque tendre avec ses habitués. Il ne refuse jamais de prêter main forte à qui bande mou, ni même de payer de sa personne pour apaiser quelques fantaisies. Lubrique et bienveillant, en somme. C’est lui qui choisit les musiciens, avec beaucoup de talent. Le saxophoniste de ce soir, par exemple, a une façon de jouer absolument troublante. C’est comme si tout son corps participait des notes, ses épaules tressautent, ses reins se creusent et ses cuisses dansent. En sueur,  il balance au même rythme que Ginger ondule sur sa chaise. Ces deux-là semblent forniquer à distance.

Le tavernier, insensible à cette connivence, vaque de table en table. Ici il embrasse, là il trifouille. De temps en temps, il s’arrête et contemple les corps mélangés. En cet instant, précisément, il enfourne la queue de l’aventurier entre les fesses d’une serveuse. Hélas, les effets de son alcool frelaté sur le désir sont tels que l’aventurier doit renoncer à prendre. Qu’à cela ne tienne, il offre volontiers son propre orifice aux doigts bordés de rouge de la jeune apprentie. Et l’aubergiste de reprendre sa ronde généreuse, avant d’aller se perdre dans le cul rond du serveur au téton.

Chacun est à son oeuvre, et notre écrivain, le seul qui n’a pas abusé de la dive bouteille, semble reprendre vie. C’est un homme d’habitude, et s’il parie souvent, il ne gagne jamais. Quand les musiques s’éteindront, quand l’alcool aura embrumé les esprits, il rejoindra derrière la scène la voix de gorge qui a susurré tout le soir, et son pianiste fou. A eux trois, ils forment un trio étonnant, fidèle et provoquant, observateur des vices qu’ils reproduisent à l’envi, selon les notes prises au vol par l’homme au manuscrit.

Dans l’ombre, au fond de la salle, je devine plus que je ne vois, cet inconnu galant qui plus tôt prenait mon vêtement. Installé dans un vieux Chesterfield, il semble trouver au whisky du coin des saveurs que peu lui prêtent. Je lui offre mon plus beau profil, jupe fendue trop haut pour la décence, seins tendus sous le tissu. Il est temps. Les aiguilles de mes talons ont trouvé le nord, le sombre et le moite. L’aventure sera brève, je n’ai rien à offrir. Il sourit. Il est beau. Sa peau sombre me plaît, et son pantalon ajusté me confirme la réciproque. Je l’embrasse à pleine bouche, ma langue encore salée du goût de Ginger s’enivrant de son alcool. Rapide, il glisse sa main sous ma jupe, et s’impose à mon sexe, sans plus de manière, l’index au chaud, et le pouce troublant. Je remonte le tissu, offrant au regard de l’homme mon cul rond, empalant sur son sexe dégagé mon intimité ainsi excitée. Ses soupirs prennent voix, se font râle maintenant. Je décide de forcer un peu la nature, reprenant en main ce que mon ventre accueillait. Les doigts enroulés sur la chair rosée, je l’emmène vers la jouissance du sexe, tandis que mes doigts s’immiscent à l’entrée de son cul. Un dernier coup de reins, et mes mains sont blanches, chaleur crémeuse de la semence.

Bien que la politesse m’impose un peu de patience, je ne tarde guère à rejoindre mon clan, et la vieille baignoire. J’ai fait jouir l’inconnu, c’est à mon tour désormais. Je dépose sur le banc ma jupe fendue, et mon gilet si seyant. L’écrivain à ma bouche, l’aventurier à mes pieds, j’offre mon sexe à Ginger. Quand l’aubergiste s’approche, toujours prêt à rendre service, je sais que mes reins n’ont pas fini de danser.

 – Fin –

5 Comments

  • Quelle musique ? Quels parfums ?
    Quels sons ?
    Quels regards ?
    Bise
    O.

  • Nora, je suis assis dans un fauteuil confortable, dans le coin de la salle.
    Je déguste un whisky et n’arrête pas de te dévorer du regard …

  • Le whisky aidant, mon imagination devient de plus en plus fertile 🙂

  • le loto est pernicieux … , l’ombre de ses doigts ne se doute pas que toutes les combinaisons du désir sont immortalisées par des voyages qu’elle se dit imaginaires … et pourtant le vol est régulier mais il se dote de perturbations clitoridiennes qui immersive son esprit …

  • Merci pour toutes ces infos, voici une bonne lecture. J’ai appris différentes choses en vous lisant, merci à vous. Bonne journée à tout le monde ! Fabienne Huillet neonmag.fr

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