En silence


L’air de rien, je m’étire. Creuse les reins, cuisses serrées, les fesses s’écartent, je n’y peux rien, le désir traverse l’épiderme, je voyage en fermant les yeux, toujours cette brûlure affamée quand les bras s’élèvent, les seins électriques, tu sais, quand tes mains me font jouir d’un sourire esquissé. 

Mes os craquent, ma peau fraîche prend des couleurs rosées, les muscles roulent sous la peau. Il en a fallu du temps, pour que le corps reprenne sa vie. Un peu comme un long silence après l’orage, ou cet instant d’abandon absolu après la jouissance, quand l’air sent le sel, la peau moite, l’odeur de l’autre incrustée sur le sein, le sexe humide d’une autre vie.
Et le soleil, tandis que je rêve, réchauffe mes mains, je me prélasse encore un peu, dans les entrelacs des désirs, entre ce que j’ai vécu, ce que j’ai rêvé. Le bleu sur ma cuisse me rappelle l’émoi, ma fesse encore cuisante rougit de ses ardeurs à la paume. Le plaisir de l’encre qui tache mon doigt, les lettres qui s’alignent comme autant de souvenirs, tandis que dans mon lit somnole cet homme en sueur, qui a traversé ma nuit comme d’autres mènent des combats, le sexe doux, le regard flou. 

Il est beau. Banalité du regard alangui, apaisé.
Il est beau du plaisir qui plane encore, quand son corps écrasait le mien, quand le soupir de sa chair exaltée soufflait à mon oreille les indécentes fantaisies de nos corps emboîtés, quand la sueur de son ventre coulait entre mes fesses, quand mes cheveux se perdaient à ses joues, quand mes seins dans ses mains, quand mes reins insolents devenaient moites à en gémir, à chercher l’air et pourtant défaillir.
Il s’endort, et je revis, impitoyable mémoire, les mots qui me chavirent, les murmures affolants, les liens tissés comme les doigts se croisent, l’imperfection attachante. 
La folie a brûlé mes années tendres, le ventre torturé par la déraison, la passion dévorante, aimer encore, fort, trop, mal, l’apaisement vient enfin, le temps a porté de nouvelles jouissances à corps imparfaits, dans le fragile équilibre des espoirs lucides et des consciences un peu folles, quand la main a appris le corps, quand la bouche a tracé le chemin, quand la figue se révèle fruit, gourmandise sucrée d’une demi-vie. 


Les cuisses à peine écartées, alors, écrire les mots de nos errances, alors écrire, comme si le verbe pouvait éveiller les sens, comme si la vie coulait de mes yeux, larmes de désir, intime jouissance…

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