En vie

Alors l’ivresse de trop d’oxygène, le temps comme infini, la petite victoire de vie.

Après, il y a la descente. La chute. Le sourire qui s’estompe, les doutes sur ta prestation, les reproches à soi : j’aurais dû faire, dire, rire, proposer, oser, regarder.

Cette insurmontable montagne de soi à soi. Les petits mots viennent là, sur l’écran, papier lumière. Il y a du souvenir, et cette intensité qui rend le regard insoutenable.

Il y a l’infini, le bleu, et votre peau.

Il y a les rêveries, et la vie prend corps, l’esprit de corps, cet étrange moment où votre chair vous anime plus que vos mots.

Alors je vais sauter du pont, et me jeter dans la mer. J’ai cette sensation là, sous les côtes, le flanc gauche, aïe. Comme à l’aube des grands voyages, avant de monter sur scène. L’énergie du ventre, le moteur, comme avoir envie d’ouvrir grand les bras et de rire à corps perdu. Et il en faut de la folie, pour démarrer ces grandes aventures, avancer à corps intrépide vers demain, vers ailleurs, vers les horizons ouverts et les incertitudes de vie.

J’ai la trouille.Comme si vivre, vraiment, c’était un si grand défi.

Alors tu cours, tu cours, au bord de la rivière, et tu goûtes le vent sur ta peau, et tu goûtes le sel sur tes lèvres. Il y a la joie qui te traverse les tripes, demain n’existe pas encore, et tu peux tout inventer. Et le monde tourne sans toi, et les couples s’inventent, et les drames se jouent. Oh tu te souviens, bien sûr, comme tous par ici. Et tu as eu peur, et tu as protégé tes petits de dangers que tu n’imaginais même pas. Et les enfants poussent, les petits sont devenus des hommes, qui eux-mêmes font des petits. Le cycle, tu sais.

Regarder par la fenêtre, ciel bleu, rêvasser. Le train m’emmène. Au bout, le présent. L’insoutenable présent. Celui de la légèreté. De votre corps nu sous l’eau tiède. La vie dedans. La vie qui nous prend là, au bord de la rivière, et nous emmène un peu plus loin. Un matin, l’ombre est passée, les nuages sont devenus pour toujours un peu gris. Tous les éclats magnifiques n’y changent rien. Alors, je préfère les lits où on se serre pour partager la chaleur, les nuits qui rassurent nos peurs, les mots qui disent vrai, même s’ils sont parfois moins jolis. Je préfère les plages désertes, et les levers de soleils. Je m’enivre de vie, d’eux qui sourient.

Bientôt je serai dans cette ville presque inconnue. Pour inventer un personnage qui n’existe pas, entre moi et moi, rencontre entre votre désir et ma pudeur indécise, entre votre corps droit et l’audace que je m’invente pour l’occasion. Il y a l’eau du ciel, et cette chambre. Votre corps m’attend, peut-être.

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