Encre

La page comme le lit. Le voyage indécis. Qui se couchera premier ? La goutte d’encre frappe pâleur, fragment de possible, dont les limites ne disent rien encore.

Et plume, et pinceau. Et comme papier frissonne sous la pointe délicate, toile vibre aux touffues caresses. Et l’un et l’autre nourrissent voix, explorent et disent, l’émoi, le frisson, l’encre qui couvre le lit et les douces convulsions. Et la main qui tient la plume descend le corps comme un pays, les courbes et les vallons, les émois scintillants au bord du ruisseau, les denses forêts et les grottes magiques. Et pinceau invente comme du bout des doigts, les chairs carnassières, les sexes droits. Et les ventres chevauchent d’une encre vorace, et les bouches picorent en de délicats pointillés. A l’ombrage des chairs la ligne claire du vit, et le plaisir à l’écrit. Et les tracés se courbent, et les mots s’alanguissent, et les corps prennent vie, de lettres et de déliés, et peau affleure, votre peau dont la moiteur étincelle de noir, dont le grain n’a que peu de lettres, dont l’urgence ne se dit qu’en regards éperdus d’envie. Et votre main trace la raideur, et la mienne nomme le désir. Les poignets se croisent sur des chemins parallèle, l’un parle l’autre crie, l’un chante l’autre jouit. Votre pinceau à la main, vous donnez corps. La plume entre les doigts, je nomme vit.

Et vous lancez l’encre comme j’aligne mots, et plume gratte sur la chair de lit, et l’encre noie les draps. Suspendu au plafond, vous jouissez large, éclat de vie, dessins d’envie.

En travers du lit, flamboyant, délicat, le sexe étalé comme fleur, pistil indécent de bandaison, pétale chiffonné de fronces, coquelicot rebelle à tout silence, éclabousse, éclabousse de.la.joie.

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