Entre poire et dessert


Il y a le vide. Au milieu, de l’humain, deux corps. A l’extérieur le monde. Parfois un rire jaillit, un téléphone sonne, un bruit d’eau ou de circulation.

La table, blanche, claire. Pudiquement revêtue d’une longue nappe. Le vin, rouge.Vous me servez généreusement. Le globe du verre se reflète sur la table, tache virtuelle. Il me faut un peu d’ivresse pour donner sans réserve, pour oublier hier et demain, être ici seulement, attablée avec vous, nue, sirotant mon vin, consciente que d’ici peu, nous aurons joui tant et plus l’un de l’autre.

Il y a du désir, et de l’impudeur. Nos corps nus dansent de ces ballets qui rythment les plus beaux combats, ceux qui se livrent avant tout contre soi, contre le doute ou la peur. Sauf qu’ici il y a de l’instinct, de la reconnaissance de l’autre comme soi. Ici, il y a du désir.

Sur la table le couvert est dressé pour un festin. Un festin de chère, les convives sont gourmands. Un festin de lettres, puisque leurs agapes s’accompagnent de lectures, de mots délicieux ou chargés de vices. Sur Sade nous buvons un Graves, en mangeant de l’agneau. Plus tard, sur nos propres mots, la liqueur des corps heureux apaisera la soif, l’agrume de mon sexe nourrira votre bouche.

Vous regardez mes seins tandis que le Marquis vous donne consigne. Le boudoir est moderne, la philosophie se questionne, votre vit se dresse sous la table, entre mes pieds nus.

De la pointe du doigt, je guide vos yeux. Entre le sein, sous la pâleur courbe, vers le ventre, au creux de la hanche puis du pubis. Entre mes reins, le désir, presqu’une douleur, et j’écarte les cuisses. Les lèvres de mon sexe sont gonflées d’envie.

Sous la table, je devine votre verge contre ma peau. Sa douceur, ses nervures. Votre main la presse contre moi, tandis que vous ondulez doucement, promesse.

La décence voudrait que j’attende, entre la poire et le dessert, pour choisir qui de ma bouche ou de mon ventre. Je m’y refuse, et quitte la chaise. Sous la table, je lèche et suce ce sexe que vous glissez dans ma bouche, lui donne de ces caresses qui l’emmène vers le moite, vers votre bassin qui danse, vers votre main dans mes cheveux qui guide sans forcer. Je le quitte un moment, pour mieux y revenir, autrement, depuis vos fesses à votre gland, suivant les courbes et plis de votre corps, explorant, goûtant de la langue et des doigts.

Vous gardez la main, et nous roulons au sol. Dans ma chair, le désir se fait besoin, être prise, presqu’avec violence, et pourtant, ce n’est que passion, comme enfin l’air qu’on aspire après une longue nage, l’eau après trop de sel, l’alcool fort après trop de vins légers.S’enivrer du plaisir, qui diffuse dans la chair, s’enroule entre votre vit et ma gorge tendre, entre votre ventre et mes fesses, entre vos mains sur mes seins et ces mots que vous ne retenez plus. Etre au sol et pourtant debout, être prise et donner, à vos mains, à votre peau, à votre bouche, donner à votre sexe, à bout de souffle, de ces soupirs fiévreux, comme ivre et libre, comme à vous, au milieu du vide, humains émouvants.

S’interrompre malgré tout, et goûter le plat suivant. Avoir 15 ans dans les blés, écouter les premiers émois de Colette, et rougir en vous regardant. Savourer le vin léger, sachant toute la force qu’il y a dedans.

Texte originellement publié ici

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