Essentiel


J’explore vos pensées, je m’invite sous la chair. J’ai le grain de votre peau en mémoire sur la langue, comme si vous m’étiez connu autrefois et que j’avais presque oublié votre nom, mais pas votre odeur. Il est doux de reconnaître au recoin de votre esprit le goût de la carne, vous n’avez pas oublié, et les dérives de votre bouche indécente, vieilles musiques à nos heures partagées. 


Je vois des corps enchevêtrés d’amour, et les mots de la guerre qui traversent la conscience. Il est difficile de préserver la légèreté aux heures de drame, pas vrai ? Mais nous n’avons pas choisi la légèreté, il n’y a de missionnaire entre nous qu’à la fin du combat. La légèreté serait l’inconscience. 


Nous avons choisi le sans mot. La peau raconte mieux, et dans vos errances il y a sensation plus que verbe. L’herbe fraîche sous les pieds, le rayon de soleil sous mon sein, vous pensez aux audaces indécentes, le sexe dans la piscine, et aux corps morts sous les bombes. Vous pensez aux avions et à ma bouche autour de vos tétons, à mon dos creux face à votre queue dressée et aux enfants qui disent l’horreur. Et vous ne pouvez pas choisir. Nous savons qu’il n’y a que ce moment d’oubli absolu pour consoler de la honte, de la folie meurtrière, des dérives, des petits mensonges entre amis et des humains abandonnés, ce fragile instant de jouissance, hors monde. 


Il faut se taire ou hurler, Chéri, fermer les fenêtres du bruit, de toute urgence la sueur sur la langue, le cheveu qui frôle et l’oubli. J’ai besoin du sexe dressé contre le ventre, promesse et fragilité, et il vous faut l’apaisement après l’effort, il nous manque le goût du sel sur ma main, et puis votre bassin qui danse, et un peu d’alcool fort ce soir, comme un whisky au goût de tourbe, qui accompagne la trompette de Louis. 


Mon épaule vous attend, ailleurs la mort, vous pouvez mordre ou baiser. Je prend ce temps d’envie, à vous regarder quelques instants, vos yeux, votre sexe votre peau, grain de vie, eau, ivresse. Le silence est venu, il n’y a plus d’urgence, allongez vos rêves sur ce bout de drap. Enlevez ce qu’il vous reste d’étoffes choisies, et montrez-moi ce corps d’humain, ce corps qui raconte son désir en creusant les reins, et j’y goûte avec cette folie des vivants. Dans vos pensées je suis fière et libre, l’impromptu de l’instant m’ôte toute pudeur, et je vous aime comme d’autres baisent.

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