Faille

Ce corps que tu caresses est parsemé de lignes et de points.
Il y a la peau, pâle, bleue parfois, et puis discrètement plus sombre, de ce beige de réparation, tranché de blanc. 

Le ventre, qui a donné la vie, et puis qui a rendu son âme habitante, quand les cellules sont devenues folles… Sa balafre au dessus du pubis, ligne de mort. 
Le sexe, et à sa base, une ligne de vie. 
Le sein gauche, celui qui s’apaise la nuit, dans ta main, a vécu nourricier, et garde sa petite cicatrice, souvenir des dents d’une enfant vorace. 
Le nombril, découpé, en étoile, délicatesse chirurgicale du médecin qui ne voulait pas m’éventrer. 
La fesse droite, petit caillou et trois fils de couture épidermique, et une sensibilité qui reste particulière.
Milieu du dos, cinq petites croix, coups de lame, encore. 
Petit doigt gauche, trois fils aussi. 18 ans, et un appétit de vivre trop grand déjà. 
Le joueur de pipeau, omoplate, derrière le coeur… Pour se rappeler qu’on s’est raconté tant d’histoires…
Tu as vu mes courbes, tu as touché ma peau, tu as aimé mes mains, tu n’as rien vu de tout cela. 
Je regarde mes détails, mon corps qui porte les souvenirs et les étapes, ce qui a été, ce qui n’est plus, ce qui sera.
Je n’ai plus la perfection de la jeunesse, je n’ai pas l’humilité de la vieillesse, je suis la femme de l’entre-deux, ni jeune, ni vieille, ni mince, ni grosse, ni belle, ni laide.
Une femme parmi la foule. 
Mais c’est à moi que tu souris.

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