Fleurs

Est-ce que le désir résiste aux assauts du temps ? Quand l’âge nous aura rejoint, quand nos heures seront grises, serons-nous moins denses, moins intenses, moins fous ?

Autrefois je me brûlais les ailes à votre amour enflammé, j’exultais entre vos mains, deux , trois fois, sans me lasser, sans regret, brûlure du délice , jouissance éphémère, le ventre, juste le ventre. Comme à l’instinct, mon corps posé sur votre membre, vous permettre d’exulter, être la sauvageonne de votre jardin. Et danser. Danser libre, à écarter cuisses, à chauffer les ventres, danser sur les cordes, quand le corps était fil, et les genoux fragiles, autour de votre taille, empalée, les reins creusés, votre sexe pistil martelant ma chair, fécondant mon ventre. Oh la petite folie des accouplements, quand la raison s’oublie, que nos sens s’enivrent de chaque odeur, peau, bouche, sexe, de chaque bruit, frôlement, caresse, percussion, de chaque spectacle, muscles qui roulent, seins qui frissonnent, fesses qui se creusent, au mouvement de bascule. Le corps est magnifique, à cette jeunesse qui exulte, qui ruse de ses charmes, orchidée marteau, pour tendre à l’accouplement, instinct.

Mais aujourd’hui, vois-tu, la vie nous a dessinés. La vie donnée, la vie portée, la vie traversée, tu sais ? Oui, tu sais. Et les lignes sont courbes mais pleines, les couleurs adoucies mais plus harmonieuses, les colères toujours sincères mais moins virulentes. Et les passions ? Reste-t-il des passions ? Oh, si tu savais. L’esprit s’envole, et les fantaisies s’imaginent, bien plus joliment que ce que mes années d’aventurière m’ont offert. Il n’est plus toujours besoin de mordre le fruit pour en deviner et le sucre, et l’amertume. Et le temps que je choisis de partager, les draps ou les baisers, ont une saveur précieuse. Le parfum de la peau se déguste du nez aux orteils, et le plaisir exhale de chaque pore. La jouissance du corps est pleine, les convulsions épileptiques, petite mort d’un délice inégalé. Le temps et l’expérience nous donnent, Darling, un goût affiné pour le plaisir choisi. Le chemin que nous suivons, autrefois course chaotique, frénésie d’envie, se fait marche résolue et sereine, découverte riche et complice. 

 Une jouissance pleine. De l’orchidée, renaître coquelicot.

5 Comments

  • Quand le matin, à l'aube, je découvre vos mots, c'est toujours pareil: ils me font beaucoup plus d'effet qu'à n'importe quelle autre heure de la journée ou de la nuit… Merci pour ce si beau texte, Nora.

  • Mais il est aussi une éternelle jeunesse, neuve et vierge toujours, brûlante et violente, aux très rares amants qui ont choisi les fleurs des champs. Sauvages.

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