Indécence


Ma dernière aventure, chers lecteurs, me laisse sans mot. C’est assez angoissant, comment dire… ? Je n’y arrive pas.

J’essaie de vous raconter l’histoire, au plus torride de mes heures, mais rien n’y fait. Tout tourne violons et eau de rose, et je déteste ça. Quoi, moi, la plume enflammée, je crache des glaçons ? Oui… Et ça m’arrache les doigts. En fait, ça m’arrache un peu la peau aussi, et un peu le cœur… Je crois que j’ai épuisé ma réserve d’amour. Il faut faire le plein, nourrir la vie pour délier la plume, voir le désir dans des yeux, des mains, une bouche.

Mais je dis n’importe quoi, je me protège…

Le désir je l’ai croisé, et recroisé, et recroisé encore… Ce n’est pas là que le bât blesse, il fait même plutôt du bien, le bât. Ce n’est pas l’appétit, le problème : j’en déborde, à croire que je suis conçue en XY, je regarde les hommes et les femmes dans la rue, et ma machine à fantasmes s’enclenche comme d’autres mangent du chocolat ou achètent des chaussettes. Ce n’est pas une addiction. Juste le plaisir de se faire du bien, si pas au corps, au moins dans la tête. Vous êtes un peu comme ça aussi, non ? Sinon, vous ne traineriez pas ici…

Souvent, j’écris à tu et j’écris à vous. J’écris le sexe sans dire l’amour. Dans mes phrases, des actes. Les mots qui remplacent les gestes, comme des promesses et des invitations. Je passe mon temps, mesdames, messieurs, à vous inviter à l’amour. Qu’en faites-vous ? Vous rougissez ? Vous agissez ?

Depuis peu -quelques mois-, j’ai déposé un peu la plume, et j’ai commencé à parler. A dire l’amour, les attentes, les rêves, les espoirs, la fatigue, la mort, la vie, le quotidien, l’extraordinaire, l’usuel, les habitudes, les dérives, les larmes, le possible. Un homme est venu, et il m’a écoutée.

La première fois, je me souviens, il était adossé au mur, hors des gens. J’étais sûre qu’il ne me plairait pas. Je suis tombée sous le charme en 0,6 secondes. Et encore, j’arrondis.

J’ai cru que ça passerait. C’est pas important, de s’embrasser dans l’herbe. Ca compte pas vraiment, c’est comme jouer dans le sable ou faire des bulles de savon. Erreur.

J’ai cru que je pourrais gérer, que ça ne m’affecterait pas du tout : prêter mon sexe et mon imaginaire, sans lui faire de place dans ma vie. Erreur.

J’ai cru que ce n’était que du fantasme, que confrontée au réel de la peau, aux odeurs du petit jour, à la lumière de la nuit, en te regardant manger, ça casserait l’image, et que ça passerait. Erreur.

J’ai cru que ta franchise sans illusion me remettrait vite sur le chemin de la fuite vers le silence. Erreur.

J’ai dit les mots. J’ai dit. « Je suis amoureuse de toi ». Et j’ai dit. « Je veux que tu bandes ».

Et j’ai été immensément fière de son désir, et terriblement frustrée de manquer de temps.

Mais j’avais dit, et pas écrit, et c’était mon plus grand bonheur. J’ai dit « Prends-moi. Baise-moi. ». Et je pensais aussi « Aime-moi ».

Et j’ai dit l’amour. J’ai mis mes tripes mes rêves mes désirs mes espoirs mes impossibles mes mots sur la table.

Et je l’ai regardé dans les yeux.

Et il a éjaculé dans mes mains.

Et c’était émouvant.

Et je me suis tue.

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