J’aime lire.

Je ferme la porte doucement, comme on quitte un enfant endormi.
L’homme dans le lit a joui, je suis heureuse et fière, comme une rencontre de minuit.
Les draps sentent le sexe, parfum de rut écrasant la lavande.
Son sexe détendu était presque tendre, à l’instant où j’ai quitté des yeux sa bouche, ses mains, son ventre.
La larme retenue entre les paupières, le plaisir simple, le murmure après le cri, le souffle qui revient.
Les reins ont donné, le bassin fatigué, les cuisses encore, je me suis assise à côté du ventre d’un homme qui ne connaît pas mon nom.

J’ai hésité. Ses questions délicates et puis rudes, comme le rythme des sexes qui dansent.
La ligne blanche de l’arbitre, l’équilibre à inventer.
L’envie me triturait la peau, comme une embuscade, un désir venu par surprise, un jour de vie aventureuse.

Posée juste là, dans un vieux Chesterfield usé, je dégustais un alcool fort.
Chaque mot prononcé avait le parfum de sucre et de bois.
Dans mes mains, le livre qu’il avait choisi, à ma demande, à la bibliothèque.
Il devait affronter le regard de la dame au chignon strict, un livre licencieux à la main.
Parmi les lectures que j’ai proposées, Sade, bien sûr, mon préféré.
La philosophie dans le boudoir.
Presque niais à côté d’autres, et à haut questionnement moral les chapitres sages.
Mais ce ne sont pas ces chapitres sages que je lui offre cet après-midi.
Je sais les pages qui provoquent le trouble. Je les ai lues cent fois.
De ma voix, sans le toucher, je vais lui raconter le désir le plus animal, l’éveil lubrique, les égarements du corps quand la question s’invente.
J’observe son corps.
Comment va-t-il réagir aux mots ?
Quand sa peau va-t-elle frissonner, ses jambes fléchir et ses fesses s’écarter ?
Combien de temps sa main va-t-elle résister ?
Au début, il a ri, un peu nerveux.
Ensuite il a soupiré. Ecouté. Entendu.
Au chibre dressé du Chevalier, je me suis tue un instant.
J’ai bu, goûté l’amertume en arrière bouche, regardé son ventre respirer.
Son sexe prenait vie sous les mots.
J’ai poursuivi ma lecture, tandis que ses doigts participaient au débat.
Tandis que les mises en scènes de Dolmancé s’enchaînent, à mélanger les chairs, à jouir à con et à cul, les hanches de mon seul public balancent au rythme de son désir, rapide et presque violent.
J’ai refermé le livre.
J’ai récité la fin du chapitre de mémoire.
Pour rien au monde, je n’aurais manqué le moment où, les yeux clos, le souffle court, il a joui, intime sous mes yeux, seul avec ma voix.

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  • Bonsoir,<br />Le 10 octobre, j&#39;ai présenté une lecture de textes érotiques à la bibliothèque de Gembloux. J&#39;avais choisi plusieurs de vos textes et notamment celui-ci. Pourriez-vous me communiquer votre adresse courriel ?<br />Eveline De Couvreur<br />Evedecouvreur@hotmail.com

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