Lamartine

Voilà, Darling, nous sommes imparfaits. Nos mains sont moites, notre verbe tremble, nous nous voudrions plus, ou mieux , nous voudrions le monde et pourtant à nuit revenue… Nous sommes seuls. Vous êtes seul. Je suis seule. Il est très Seul. Voilà, Darling, l’ultime. Nous sommes imparfaits et seuls. Triste finitude humaine. Plomber l’ambiance.

Sauf que.

A nuit revenue, imparfaits, à nuit nous aimons. Pas de cette ridicule frénésie, Darling, oh non, pas d’extases rapide, petites jouissances, effroi de liberté, simagrée. Mais ces délicates approches humaines, ces danses mal codées, instinctives et presque animales, les couleurs les plus chatoyantes, des attraits les plus doux. Est-ce le creux des reins, est-ce le pied paré, est-ce la démarche chaloupée… J’aime, j’ai aimé cette indicible étincelle dans votre regard. Rare, souriante, lumineuse. Cet éclat reflet de conscience, brillante, modeste pourtant, et fine. Il arrive, parfois, rarement, que ce regard porte en un instant les promesses de la joie, l’émerveille et la jouissance, l’indicible et l’émoi.

Parfois, rarement, le corps parle mieux que nous, comme s’il savait, lui, la beauté à jouir, le frisson à goûter, la volupté précieuse. L’imparfaite certitude. Et si ?

A nuit revenue, les corps dévorants à l’arrière des voitures ?

A l’aube surprise, les mains parfumées encore de la moiteur de votre sexe, Darling ?

Et si, au petit matin, le souvenir fugace, entre délicat regret et fantaisie solitaire ? Votre main mimant la mienne, dans de joyeuses évasions, la déraison d’une heure, à vie suspendue, votre bouche sur mon sein murmurant le plaisir.

Un instant, était-ce trois heures ou quelques secondes, vos reins ont frissonné d’une caresse égarée. Une nuit, une nuit seulement, vos yeux ont voyagé les brumes, l’indécence des mots tus, dans ce fracas des conversations perdues. A temps suspendu, oui, j’ai répondu à votre regard stupéfait. Oui, Darling, nous sommes imparfaits. C’est là même notre beauté.

Dream, Baby, dream a little dream of me…

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