L’épopée sauvage



Il fait froid, Un de ces temps de canard où l’on préfèrerait rester bien au chaud sous la couette plutôt que de risquer un orteil dehors. Je m’emmitoufle dans un long manteau qui ne laisse dépasser que le bout du nez et la pointe des souliers. Dessous, rien. J’ouvre la tirette de la tente et passe le nez dehors. Le terrain est désert. Je me dévoue. Allume le gaz. Verse l’eau dans la cafetière. Un bon ristretto nous permettra d’émerger de ce voyage étrange au pays du désir. Tout a commencé, un peu par hasard…
Je pars chaque année avec une amie, depuis une dizaine d’année, au bord de l’eau. Tente canadienne une place et demi, réchaud gaz, vin et bon pain : cela suffit généralement à notre bonheur. On se connaît depuis longtemps, je dirais même depuis toujours. Je connais chaque courbe de son corps, chaque frisson de sa peau au souffle du vent, chaque étoile dans ses yeux à l’alcool euphorisant.
Cette année, pourtant, nos petites habitudes allaient être bouleversées… Installées depuis trois jours dans notre repère sauvage, nous profitons, nues, de l’air grisant des collines. L’eau a encore une douce tiédeur de fin d’été, on y traîne les pieds avec indolence et volupté. Toutes à notre épopée sauvage, nous avons un peu perdu la notion du temps, des choses et des convenances. Nous nous sommes éloignées sur les rivages de la rivière, où les bois se densifient, où l’on croise pour seule âme qui vive des lapins ou des ragondins.
Pourtant, cette fois, nous avons fait une rencontre humaine. En contrebas, assis sur un de ces épouvantables tabourets de pêcheurs, un jeune homme, dans les vingt-cinq ans à tout va. Ivres de notre propre liberté, nous l’avons approché, puis capturé. Après lui avoir attaché les mains dans le dos, nous l’avons ramené à notre campement. Il ne portait pas grand chose non plus, le bougre. Et deux belles femmes nues qui se jettent sur vous à l’improviste, ça ne laisse pas indifférent. En tout cas, c’est ce que semblait dire le renflement de son short en jeans…
Trop tentant, évidemment. Il n’a pas eu le temps de se rendre compte de ce qui lui arrivait qu’il était nu, allongé sur une couverture, bras et jambes écartelés et attachés. Le seul membre que nous avions laissé libre, pour notre bon plaisir, était son phallus, droit comme un i, malgré le coulis de vent qui lui titillait les testicules.
Le soleil couchant donnait à ce tableau, reconnaissons-le, un charme particulier… Ma tendre amie s’approche de lui et lui dit : « Regarde, mon ami.  Ce que tu vois dans tes rêves, ce que tu imagines, aujourd’hui je te l’offre en vrai. Profites avec tes yeux. Mais je te défends de jouir, sinon… ». Elle vient vers moi. Me regarde bizarrement. Elle qui ne m’a jamais montré d’autres signes de désir que vis-à-vis des hommes s’approche, prend mes seins dans ses mains, en porte un à sa bouche, et le tète comme une enfant. Surprise tout d’abord, je sens la chaleur se répandre dans mon ventre. Je la prends par la taille, lui caresse les fesses, les cuisses, et glisse ma main dans son entrejambe humide. Du coin de l’œil, je vois notre proie rougir, suer et respirer bruyamment. Cela n’en rend la situation que plus excitante. Je guide ma compagne vers un arbre, la plaque au tronc, en lui abaissant la tête. Sa croupe offerte n’attend que ma langue, qui s’y glisse avec fougue. D’une main, elle se tient à l’arbre, et de l’autre, pénètre mon sexe trempé. Un doigt, puis deux, puis la main entière. Je retiens difficilement des cris de plaisir mêlés de souffrance. Très vite, nous gémissons à l’unisson. Soulagées par ce premier plaisir, nous décidons de nous amuser quelque peu avec le mâle étendu à nos pieds. Tandis qu’elle se munit d’une bougie et l’allume, je m’empare d’une bouteille d’huile, et laisse le liquide tiède couler sur le sexe du quidam. Ses jambes écartées et fléchies guide le liquide ambré vers son scrotum et son périnée. Amusée, je guide les gouttelettes vers son anus, déflorant ce pauvre puceau du cul d’un doigt habile. Tandis que la bougie chaude que lui verse ma douce sur le torse lui arrache des cris de douleur, je vois son sexe prêt à exploser de plaisir.  Pour le malheur de notre homme, mon amie s’en rend compte aussi.
D’un air menaçant, elle se place au-dessus de lui. Notre homme ose à peine respirer, animal pris au piège. Écartant les cuisses, elle s’empale sans ménagement sur son sexe devenu hypersensible. Il crie. Je m’accroupis au-dessus de sa bouche, utilisant mon sexe comme bâillon. Il me suce avec appétit, et surtout, arrête de crier. Alors que son corps tressaute de plaisir, bouche et phallus occupé par nos deux sexes, ma camarade se penche vers moi, m’embrasse goulûment, avant de jouir.
Apaisée, et dans la nuit noire déjà, nous délaissons le mâle au corps endolori pour retrouver notre intimité sous la tente, et nous endormir, le doigt dans le sexe de l’autre.
Au petit matin, en sortant de la tente, je n’en crois pas mes yeux. Alors que nous avions détaché ses liens, histoire de le laisser partir, notre homme est toujours là, nu sur la couverture. Avec une érection matinale de tous les diables…

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