Les heures volées

C’est un après-midi particulier. Il n’y a pas de mots, et pas de doutes. Nous sommes là pour le plaisir, le mien, le vôtre. Les intentions claires, la peau, l’émerveille. Vous, moi, un baiser. Un regard, et un baiser. Votre regard, souriant, vif, vers mon cou, ma gorge, mes seins parés de soie, mes cuisses voilées. Mes yeux vers vos tempes, votre bouche, vos mains, ces doigts que j’emmêle aux miens pour vous emmener, là, dans cette chambre qui nous attend. Anonyme, blanche, lumineuse. Le soleil éclaire, les bruits de la rue l’inondent de vie.

Ne dites rien. Nous n’aimons pas les mots. Nous aimons le trouble, le frisson sur votre peau à mes lèvres posées là. Puis là, dans votre cou, et là sur votre clavicule. Votre souffle à mon oreille n’articule que l’envie. Mes mains déshabillent vos flancs, effleurent les reins. Nus, c’est notre jeu, sans pudeur, sans complexes. A robe dénouée, je garde un moment la soie sur mes seins, vous laissant le plaisir de la vue, cette pâleur sous l’étoffe fine. Mes fesses sous vos doigts, j’ai la chair de poule, collez-vous à moi pour me réchauffer de ce courant d’air. L’aimant, électricité invisible des corps désirant, l’envie flagrante, votre sexe gourmand. Le lit, évidence, et la gourmandise, font de ces premiers instants festin de joie, entre bouche charnue et sexe droit, entre fesse ronde et paume généreuse, entre sein blanc et doigts délicats.

Mes doigts s’aventurent, guettant à leurs caresses vos réactions, frissons, émois. Bras emmêlés, reins dansant, les corps s’apprivoisent, s’échauffent, s’enlacent. Là où doigts caressent, bouche embrasse : ventre, cuisse, torse, hanche. Dessin du bassin, joue frôle sexe, langue mutine, vous soupirez. Vous souriez.

J’ai rêvé de peaux nues et d’étreintes ardentes, de corps jouissants, de complicité souriante, de nuit tendre, de réveil sensuel, de plaisir partagé. J’ai rêvé d’une bulle de temps, sans ailleurs, sans pudeur, quelques heures de félicité, comme un fantasme assumé. Et vous m’offrez votre sexe dressé, votre joyeuse envie, votre générosité. Les heures volées m’égarent entre deux vies, à n’avoir plus de nom, juste  l’envie.

Je n’ai pas besoin de dire ou de guider, votre bouche voyage sur toutes les îles de mon corps, des eaux claires de mes yeux aux mers salées. Vos lèvres grognent le désir au creux de mes reins. Il y a un peu de sauvagerie dans votre douceur, à serrer mes hanches si fort, quand votre langue met mon sein au supplice de votre légèreté. Entre vos mains je ne sais plus si je suis louve ou agneau, et dépose volontiers les mots au pied de votre lit. Ici et maintenant, peu importe le temps, je suis peau, je suis corps jouissant de vos doigts, je suis reins creux contre  votre ventre, je suis amazone sur votre sexe droit, je suis baiser humide à votre bouche qui goûte moi, je suis seins plein vos mains, et danse magnifique au plaisir qui nous traverse.

Ces heures précieuses goûtent les paradis salés, aux rythmes des percussions magnifiques, à corps libres et coeur léger. A nuit tombée, je repartirai, emportant au ventre et sur mes lèvres le soleil de nos envies, la saveur délicate de votre peau, l’eau claire et l’ivresse des jardins extraordinaires.

5 Comments

  • Le joli temps d’aimer.
    Les amours se passent de mots. Et pourtant, les vôtres font vibrer avec force ces heures intimes.

  • Une danse de mots, comme un tango sous la pluie chaude d’un hiver qui s’efface sous la pression des corps enflammés, ces touchés comme des repousses glace de froid du nord, champs tropical envahissant, champs piétinés de mains, saisis de bouches et caressés de reins. L’horloge des coeurs oscille entre le devenir et le sentier rampé des corps en recherche d’une éternité.

    Votre plume a la sublime résonnante d’une oeuvre qui frissonne sur les corps qui lisent, dans sa grandeur, sa douleur, sa sensibilité, elle caresse l’âme, les âges et les papiers de vélin vierge.

    Bon texte chère Nora.

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