L’homme juste.

Tu écris le monde, et tu racontes la vie. Et tu cherches tes mots, et tu ne veux pas de la peur, et tu ne veux pas de l’horreur, alors parfois, après avoir tant dit, tu te tais. Tu te tais et tu cherches la peau, et tu cherches l’amour, et le silence. Etre, juste. Ne pas déborder, ne pas noyer le monde de tes larmes. Quand tu as dit les mensonges, les petits arrangements avec le réel, les trappes et les traques, quand tu as choisi les photos qui racontent la mort, la maladie, la faim, la corruption, la haine, tu mets la clé dans le moteur de ta voiture, tu vas chercher l’amour. La peau. Le silence. Il en faut des heures douces pour effacer l’horreur du monde. Tout le jour, tu as tenu droit la nuque, à en avoir mal, ne pas faiblir, ne pas lâcher le fil au risque de se perdre, tenir dire écrire.

Après, après vient le vide. Tu regardes les gens rentrer chez eux. Tu fermes la boutique. Tu as du mal à partir, et pourtant tu sais qu’il le faut, la vie attend.

Il y a cette lassitude dans ton regard, comme si l’espoir s’était fait la malle, et le souvenir que tu cherches, impossible. Quand donc était-ce, ce moment doux, quand donc as-tu respirer la vie plutôt que l’effroi ?

Tu arrives chez toi, corps pâle, âme fragile. En peine. Elle est là. Elle sait. Elle est silence, et elle t’attend. Ce n’est rien, ce corps nu que tu connais par coeur, et c’est tout. C’est tout ce dont tu as besoin ce soir. Pas d’alcool ou de dérives fausses, ne pas troubler la conscience. Mais sa peau contre la tienne. La chaleur humaine.

Et le monde, et l’horreur, et l’effroi. Et après le silence. Tu pouvais pleurer. Tu peux. Hurler, crier, rager, maudire.Tu peux. Tu es libre de dire, c’est ton luxe et ta liberté. Tu peux choisir tes mots, tu peux retenir tes larmes.

Et puis vient la nuit.

Il n’y a plus personne, plus de regard à croiser, compatissant ou effaré comme le tien, plus de voisin chaleureux, plus de journaliste qui te raconte, en boucle, l’horreur.

Il y a cette nuit noire, et ta fragilité.

Le corps abandonné.

La solitude partagée.

L’autre, à côté de toi.

Le coeur brisé.

Est-ce la peur, la colère, le chagrin ?

Tu glisses ta main dans la sienne. Le corps endormi, ton refuge.

 

Viens, viens là. Serre-moi dans tes bras. Rappelle-moi que je vis. Que j’aime. Que j’ai ri, que j’ai goûté l’ivresse et la joie.

Rappelle-moi que le monde n’est pas la haine mais le tout.

Rappelle-moi, à tes baisers pleins de larmes, que ce n’est pas le monde que nous voulons, et que nous pouvons mieux, que nous trouverons le moyen d’arriver à la paix.

Raconte-moi, à tes caresses, l’humain doux. La force de vivre, plus forte que détruire. Raconte-moi comment on construit demain, si on doit avoir peur, si on doit rire, ou pleurer, si on peut choisir d’aimer.

 

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