Libre

Il y a des mots qui donnent envie de goûter la peau, comme les images égarent les mains. 
Il y a des regards qui m’entraînent loin, comme un sourire volé au détour d’un café. 

Comme celui de cet homme nu sur le lit. Il sourit  pendant que je goûte sa peau, mes lèvres sous sa clavicule. Je le picore, soulageant l’impatience, l’urgence de ce premier plaisir, qui me cheville le corps depuis des jours. 
Sa peau a un goût de sel doux, un de ces parfums qui s’imprègnent dans la mémoire et ravivent à chaque fil d’air le lien du désir. Je le respire comme on aime, jusqu’au fond des poumons, entre les côtes, sous les seins. 
Il y a du feu dans mes gestes, il y a des débordements, parce que l’incendie me ravage, l’irrépressible urgence de vivre sans les masques, être pleinement soi dans le désir comme dans la nudité, ne rien cacher de mon corps, y compris ses failles, et ne rien freiner de l’envie, à la fois délicate et bestiale, l’instinct de chair qui guide ma bouche de ses os à sa peau, de son ventre vers le sexe, magnifique sexe nervuré de vie, superbe vit à la courbe légère, dont le gland violet cognera plus tard, bien plus tard au fond de mon ventre, en tressauts d’extase.
Mais il sourit. Mes mains dessinent, symétriques envolées, du téton au nombril, du creux de la hanche au plis de l’aine, du genou à l’orteil, et puis ma langue entre ses jambes explore et goûte, la sueur, le sexe humide, la peau fine,  s’éloigne pour mieux revenir.
Il s’agrippe à ma main, engloutit mon doigt dans sa bouche tiède, comme un accord tacite, une invite, quelques murmures exhalés entre deux envies. Dans ses soupirs, la liberté d’être gourmande, d’être timide ou vorace, la confiance, il m’offre son corps comme on décroche la lune, vers nos jouissances réciproques,  je peux le prendre ou être prise, je peux jouir et recommencer, je peux le désirer et l’aimer, le regarder partir et le garder en moi. 
Il nourrit mon esprit et je mange à son sexe, il apaise mes peurs pendant la conquête, il abandonne sa pudeur et me rend plus belle. Je le regarde au fond des yeux, quand ma caresse l’électrise, et que je sens les palpitations de ses reins, et c’est mon plaisir qui le traverse. Cette jouissance a des saveurs d’absolu.

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