Mate

La cuisine regorge de saveurs. L’abricot cuit dans la cannelle, l’agneau mijote dans son jus… La maison n’est qu’invitation au voyage. Dans la cave, j’ai rangé mes potions de sorcière. La framboise qui exacerbe les sens, le piquant du gingembre dans ma bouche brûlante… Au loin, les murs blancs reflètent la chaleur intenable des cieux du sud, à l’heure où les corps cherchent l’ombre. Je me dirige vers les toits et leurs terrasses solaires, refuges des amants.

Sous mes voiles, sexe nu, je cherche l’eau. L’homme m’accueille avec douceur. Son phrasé délicat m’invite à la confiance, les parfums d’encens de sa tanière me rappellent les voyages lointains, et nostalgie m’égare en terres divines.

Il ferme les volets aux murs sans fenêtre, pour sauver une fraîcheur illusoire alors que canicule écrase la ville. C’est le signe. L’apprentissage sera lent, tant celui qui m’initie prend joie à retarder l’émoi.

Après quelques pas d’échauffement, il est temps d’offrir mes volutes à son œil connaisseur. Je quitte mes robes d’étamine, pour revêtir l’étoffe sacrée, le voile le plus doux, et ceindre les seins, les hanches seulement, les fesses légèrement. Assis à même le sol, mon guide dévore ma peau d’un regard souriant.

Ma tête dodeline légèrement, tandis que je prépare mon corps. Cuisses se frôlent. Mains lascives tracent les arabesques d’une danse traditionnelle interdite, celle qui fait dresser les serpents des hommes. J’entends les chants, au loin, comme le rythme des mains, légères percussions, qui donnent rythme à mes reins. Les hanches libres, la cambrure troublante, je laisse mon corps goûter la danse.

L’homme me guide, pose main sur ventre, le renflement léger, la ligne des naissances, et bascule mon bassin, plus loin, plus fort.A grande souplesse, je trace les infinis, les angles, fesses entrouvertes, frôlant parfois ce sexe dessiné sous le tissu de lin. Habile, il déjoue mes ruses, éveillant l’envie du bout des doigts, mais ne révélant rien de soi.

Les peaux frappées au loin marquent un rythme plus vif, et mes reins se creusent encore, horizontale moiteur, courbes de lune que les instruments envoûtent insidieusement. A fifrelin léger, lèvres se frottent, humide, et mains résistent, ne pas dévoiler le fruit avant l’heure…

Quand s’élève la voix rauque du conteur, il y a longtemps que la musique donne à mes fesses l’insolence du désir, peaux moites, et voile plaqué au bas du dos, impudique sueur. Et les jambes s’affolent, et le sexe exhale le sel…

Quand je dénoue le voile fixé à ma nuque, le guide enfin lève les yeux vers mes seins. Il est surpris. Jamais peau pâle n’a ainsi dansé sous son toit, et le rose de mes mamelons intrigue sa bouche curieuse. Doucement, il pose les mains sur mes hanches et arrête ma transe, en maintenant fermement mon bassin.

Lorsque sa langue effleure ma peau, un frisson élance mes os, depuis la racine des cheveux vers mes fesses. Corps se fait pressant, bousculant la règle interdite… Attends, pâle sorcière, que danse le serpent. Ma supplique comme un mantra, Danse, serpent, danse que je m’empale.

La langue de l’homme tourne autour de moi, sous mes seins, au sel de mes bras, jusqu’à ma nuque. Danse Serpent… Lorsque sa bouche égrène mes vertèbres, la transe me reprend. Danse Serpent, danse donc, que je goûte l’extase… Quand il libère mes hanches, la pulsion se fait frénésie, cuisses fléchies, cul humide, je cherche ses doigts. Convulsion d’envie, ventre a faim et réclame à mains, à bouche, ce que voile ne révèle.

L’homme généreux, pensant apaiser, déclenche un plaisir impudique. Le souffle court, je cherche sa peau, cataplasme de mes envies sourdes. Une main entre mes fesses, la bouche dans mon cou, l’homme glisse le serpent dans ma main… Écoute l’animal, Sorcière. Écoute l’histoire qu’il te dira, comment ta danse l’a réveillé, comment ton ventre l’apaisera. Écoute encore lorsqu’il cherchera dans tes entrailles où semer l’émoi, écoute surtout, après le cri du charmeur, le murmure d’amour.

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