Nova

Sous le sein gauche, comme un souvenir, l’émotion d’un instant, ma main est votre bouche. Les côtes m’arrachent la vie, je vous dévore à plein regard, le souffle court, l’appétit trop grand pour l’instant.

Je ne pensais pas, je ne pensais pas, je ne pensais pas. Vous trouver ainsi, une telle facilité, vous trouver beau, vous trouver humain, vous trouver terriblement excitant.

Je vous savoure encore. Votre regard nu. Le choc. Le plaquage des yeux contre la peau, votre peau, le ventre tendu, l’urgence de vie, absolue. Je cours, sur le quai, le bord de l’eau, le sein hurle la joie, je crie à la lune : la louve est là. Pas dans mes mains, pas dans mon ventre, non. Vois, c’est l’âme qui danse sous ta bouche. Je me tords et convulse, de la vie qui me traverse, le désir qui porte, la boule d’énergie enfin. Tu peux courir le monde, la vie, les folies douces ou les dangers, l’instant de vérité est celui où les yeux se croisent, les souffles se mélangent, les peaux s’apprivoisent. Rapprocher, rapprocher encore les mondes parallèles, jusqu’à l’angle.

Alors ça arrive. Parfois. Quand le doigt frôle la cuisse, avaler l’air à s’enivrer, désir. Quand le genou fléchit contre le bassin, s’écarteler à perdre raison. Dévoiler bien plus d’une robe ôtée déshabiller l’âme, dévoiler tant d’une phrase murmurée confesser une vie, dévoiler trop d’un silence se retrouver. Et la langue rêve aux saveurs des corps moites, l’humidité pressante, contenue, l’appel du ventre, entrez, entrez donc, non point votre sexe, donnez-moi vos doigts ou votre verbe, guidez-moi encore un peu, ne lâchez pas ma main, nous pourrions nous perdre. Vous avez trouvé le chemin, vous serez le guide cette fois. Je peux voir l’abîme et le franchir d’un sourire. Vous retrouver dans un parc sans porter rien sous mes robes, que l’insolence de dire : c’est moi. Suivez-moi, vous savez qui je suis, celle qui ne parle pas, qui vous écoute conter la vie et sourit aux horreurs, parce que je les reconnais. Suivez-moi, vous jouirez à la lune comme on goûte un instant les parfums absolus. Suivez-moi, apprenez-moi ce que je vous donne. Suivez-moi, sans prendre mon ventre ni ma bouche. Car la vie s’y cache, où l’on croirait le vide, car les brasiers de l’âme, car si vous m’embrassiez, je pourrais vous aimer. Je décante d’une ivresse indicible, d’un voyage sans mot. Au jour levant j’ai goûté sa chair, au soir tombant j’ai partagé le pain, le pain et le sel, et la terre, et le feu.

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