Polaire


Entre brûlure et caresse, les mots murmurés au petit matin, quand le froid me mord, quand la pâleur trésaille, presque mauve sous le ciel encore noir.

Entre brûlure, tu sais, la douceur qui fait un peu mal, et goûter la légèreté du sourire, juste laisser venir tout doux sans chercher à , sans provoquer, sans tenter, sans … Non rien, juste le sein qui dépasse des draps, parce que je dors comme ça, impudique, enflammée, les reins creux et les seins bleus. Et j’espère chaque jour l’impossible, je provoque la lune.

Entre brûlure, hélas, à l’instant où ton corps se décolle du mien, quand nous avons donné, mélangé l’eau et le sel, quand tu as bu mes rêves et mordu mon épaule, quand j’ai pris dans mes mains mes entrailles ma bouche mes heures tes envies absolues, quand les chairs se sont fouillées explorées tes fesses de ma bouche mes seins de tes yeux mon ventre de tes dents, brûlure quand l’oubli s’approche, ou les paupières s’abandonnent lourdes si lourdes que tu sombres loin, brûlure quand l’aiguille tatoue ma peau des souvenirs sans nom, ceux qu’on garde dessiné au flanc, les vies absolues, la guimauve tendre et les toujours, les inconnus que je n’embrasserai pas, l’envie, les héros d’hier devenus humains à la peau tendre…

Et caresse d’être là, ce corps contre toi, ce corps qui oublie de mourir, cette chair qui exulte, électrique frisson à tes doigts si proche, tout moi est dans mon cou, tout moi est dans mon sein, tout moi est dans ce souffle que tu guettes, soupir ou râle, lorsque de la pulpe de l’index tu cherches inventes provoques et que j’oublie.

Entre brûlure et caresse, je reviens vers les hommes, aspirer l’hiver au fond des tripes, sortir dans la glace le corps encore chaud des ébats nocturnes, sentir le vent et la morsure sous la dentelle, sourire au monde sans faillir quand ma peau sent le sexe et que le désir me ronge encore, fermer les yeux parfois pour garder sous les paupières les images de ces batailles de soies.

Entre brûlure et caresse, il y avait des mots, il n’y a qu’un geste.

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