Quatrième


Tu t’es emballé, un peu… Tu as crié, tu as rugi, tu y as cru. Tu te sentais beau, fier, fort, juste. L’émulation, la douleur, tu voulais dépasser tout cela, aller plus loin, dompter ton corps, vaincre l’ennemi intérieur, tu avais la rage, tu avais la foi, tu n’avais peur de personne, tu étais le roi du monde, tu étais au-dessus de la mêlée.

Et tu n’as pas assuré. Ils t’ont hué.

Tu es reparti la queue entre les jambes, le corps meurtri de tant de rage, les yeux désabusés. Au bar, tu as bu. Un peu, beaucoup. Tu attendais que passe la lassitude, tu voulais oublier, comprendre, justifier la faute, trouver un autre coupable, diminuer ton échec, ta blessure. Tu enviais l’exaltation des gagnants, toi aussi tu aurais aimé danser d’un air féroce une petite salutation hargneuse, bander sans vergogne à l’idée de plaquer au sol la demi-portion qui te fait face, vivre l’excitation, la domination, la finesse aussi. Toi aussi tu voulais du corps à corps qui étrille ta peau, de la boue, des cuissots solides, et protéger tes dents. Tu bois encore un peu, et tu relèves la tête. Tu es un homme, oui ou merde ?

Dans la rue, les autres te ressemblent, mais ils te regardent d’un air mauvais. Un peu aviné, les bras douloureux, le sourire triste, tu marches sans but, tu n’oses pas trop rentrer chez toi, pourtant. Tu es parti comme fou, d’un enthousiasme qui semble un peu ridicule à présent. Et surtout tu as mal, tu te sens las, toute cette énergie pour rien, c’est comme quand tu t’abandonnes devant l’écran, un gâchis de plaisir, dont tu sors à peine soulagé et un peu honteux.

Tu vas chercher le réconfort. Tu sais qu’elle ouvrira la porte en souriant, en te regardant avec des yeux admiratifs, même après ça. Qu’elle t’enlèverait ta veste, ton écharpe minable, tes bleus à l’âme, tes désillusions. Qu’elle redonnerait à ton corps son brio, sa flamme, sa vigueur. Rien que de penser à ses mains chaudes sur tes cuisses épuisées, ton corps se détend. L’idée de ses caresses sur tes courbatures, de ses doigts autour de ton crâne, de ses soins dédiés à ton bien-être, et tu te sens déjà mieux. Tu sais qu’elle fera tout pour que tes plaies s’apaisent, pour que tes muscles se délient, pour que tes os s’alignent. Tu sais qu’elle t’emmènera sous la douche et l’eau bouillante, lavera ton corps, le savon glissant sur ta peau, que ses mains parcourront ton torse, ton ventre, s’arrêteront sur ton sexe, pour repartir aussitôt, vers tes reins, tes fesses, entre et autour, qu’elle te rejoindra sous l’eau, glissant autour de toi, que tu pourras la plaquer au mur, que tu t’enfonceras en elle avec la férocité des mal-aimés, que tu seras, c’est certain, le plus fort des deux, et que tu n’auras pas besoin de le prouver, c’est une évidence, tu t’imposeras à son désir, tu seras son champion, tu la feras gémir sous la douche, de désir, de tension, d’envie… Quand elle écartera les cuisses en creusant les reins, tu t’enfonceras au plus profond de son ventre, tu transformeras l’essai, elle jouira pendant que tu savoureras ce sentiment absolu de puissance et de victoire.

Tu es devant la porte. La 4e mi-temps commence. Tu bandes déjà comme un zèbre. Et tu n’as vraiment rien d’un bleu. Hé, l’arbitre, c’est à toi de jouer.

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