Sans façon


Achoppe et trébuche, tréfonds de rue, rue bondée, j’ai envie. Ce monde partout nous empêche, nous contraint au regard lubrique, nous refreine dans nos mots, abrupts mais si lisses, baise-moi sans autre forme de procès. Retrousse ma robe et enfonce tes doigts glacés dans mon sexe fiévreux, sous le pont rive gauche, où les murs ont des yeux numériques. Plaque-moi contre le mur, dans cette rude escouade, qu’à travers l’étoffe je sente ton sexe dur, avide, ton sexe qui cherche le chemin de mon ventre, apaiser la louve, nourrir la bête, les lèvres affamées, les humeurs liquides, le corps qui s’ouvre, le sein pointu, la respiration haletante, dans la nuit noire, là-bas, au bord de l’eau.

Les gens passent autour de nous, ils rient. L’urgence croît, je veux ta peau contre la mienne, ton odeur dans mes cheveux, ta langue entre mes lèvres, contre mes dents, fouillant ma bouche, douceur sanguine, dévorance brutale. Je ne te souris pas, je t’aspire, j’avale l’air que tu respires, je goûte ton haleine, je m’enivre du vin que tu as bu. Dans l’air entre nous, le désir, le vide, la complétude, le voyage infini de toi à moi, le frisson qui naît, l’effleurement de la peau, le contact. La pierre, percuter les seins contre la pierre, éclater les genoux, arracher la candeur factice, reconnaître l’instinct, libérer la voix, rauque, rugueuse, coller la joue contre le mur, encaisser, écraser, amortir, butoir. Ne te raccroche plus à rien d’autre qu’à mon sein, laisse les orties mourir à côté de nous, enfonce ton sexe dans le mien, je creuse le dos, plus loin, peau labourée, terre infertile, les parfums se liquéfient, et je jouis, vite, fort, essoufflée et farouche, ce soir de novembre, entre le mur et toi.

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