Un homme, un soir

La ville m’est connue mais la nuit est noire. Mes talons résonnent dans la ruelle, le vent glisse entre mes cuisses, j’ai froid. Au bout de la rue, l’hôtel. Un homme m’attend, que je ne connais pas. Il a faim de sexe, je vais lui offrir la viande. La chair en bouche, le sel et le sang, et le vin qui goûte le bois. Satisfaire le ventre, mais garder l’appétit du sexe, et ce qu’il faut d’ivresse pour libérer la folie qui trépigne sous la peau. J’ai le souffle un peu court, et le râle léger, de ses regards qui se perdent entre mes seins, de ses sourcils qui se haussent lorsque la fine étoffe dévoile un peu de peau pâle, si pâle, et le téton rosé. A voir l’homme entr’ouvrir les lèvres, je devine son plaisir à téter, langue douce sur la pointe légère. A son impatience répond ma langueur… Je raconte un peu de moi, mon passé gourmand, depuis mes jouissances adolescentes à cet amant improbable. Il veut savoir les hommes, ceux qui avaient en commun l’intelligence du verbe, et la carrière éphémère, les brillants et les infidèles. Je dis. Je dis les émois dans la voiture, les folies dans les bois. Je dis le plaisir et l’avidité, la petite folie d’oublier qui on baise, et l’illusoire amour. Et plus je raconte, et plus mon hôte bande,assis sur le banc qui  nous accueille un instant, au fil de notre balade digestive. Mes pas nous emmène – inconscience du désir – vers une impasse délicieuse. A l’abri des regards, j’entrouvre mon long manteau… La robe courte vole, lui rappelle la nudité de mes cuisses, et mon décolleté indécent. L’homme semble tétanisé, ce qui ne fait pas mon affaire : un sexe glacé, merci mais non ! Il me faudra réchauffer l’atmosphère, et vite… Je glisse sa main sous le drap de laine, contre mon sein. Il sourit gentiment, ce qui a pour effet immédiat de réveiller mon désir…  J’aime les hommes heureux du sexe. Et celui-ci, à voir l’éclat dans ses yeux, la fossette de sa joue, et son sourire grand quand ma main descend vers son pantalon, me semble avoir ce goût du bonheur. Quand je glisse les doigts autour de son sexe dressé, il sursaute puis, volontaire, creuse les reins pour me tendre sa tige raide, gourmand déjà. Ma main coulisse, légère. Mon sexe est moite. Cet homme, je le veux, me lèchera.

Fébriles, nous courons presque vers mon appartement. Les feux ne passent pas assez vite au vert, nous rions comme des mômes de notre impatience. J’ouvre la porte avec difficulté, mes doigts encore tièdes sur la clef glacée. Très vite, mon imper, son blouson, mon gilet de laine, mon corsage pas sage, sa chemise, la ceinture de son pantalon disparaissent dans un désordre excitant. Les bécots maladroits se font baisers langoureux, je calme le jeu. Savourer l’instant. Doucement, Monsieur. Doucement. Sans plus de hâte, je tombe la jupe, et parade sous ses yeux, caraco de dentelle et bas tendus sur les cuisses, cul à peine vêtu. Lentement, très lentement, je dégrafe mon soutien-gorge, offrant enfin mes seins généreux aux yeux de l’homme haletant. Il semble désarçonné, c’est touchant. Comme si mes dix ans de plus faisait de moi celle qui sait, qui guide, qui assure, et lui l’apprenant, palpant la matière, découvrant la soie, le velours et la peau abricotée. Je serai donc maîtresse-femme, audacieuse et libre, qui demande et accompagne le geste, qui guide vers le plaisir.

Agenouillez-vous, jeune homme.

Il semble soulagé, et sa bouche, à hauteur de mes seins, trouve sans hésiter téton à goûter. Qu’il est doux d’être ainsi honorée… Je pousse le jeu plus loin, et intime à mon élève de ne s’occuper que de mon plaisir, pendant quelques instants encore. Le petit voile de tissu qui protège mon sexe finit derrière le divan, et je tends effrontément mon sexe humide à sa langue douce et dévouée. La chair rosée voyage entre mes cuisses, depuis le bouton émouvant aux fronces timides.  Ainsi excitée, sans autre enjeu qu’une nuit de joie, je me sens des vertus d’exploratrice. Quand l’homme murmure, en guise d’aveu, qu’il préfère les culs aux cons, je lui tends sans vergogne mes fesses, et lui assigne une nouvelle mission : par le cul, me faire hurler de plaisir.

Nous partons vers la chambre : lit reste un hôte très accueillant quand il s’agit de baiser. La pièce est délicatement parfumée, de ces essences qui apaisent cocon de douceur et libèrent le verbe. Ou peut-être est-ce le vin, ce Merlot délicat que nous avons savouré ensemble, et qui monte à la tête encore, petite ivresse et inconséquence, nuit de joie. Je veux en savoir un peu plus sur cet inconnu charmant, et questionne sans pudeur. Qu’a-t-il appris des femmes ? A-t-il aimé ? Goûte-t-il les instants suspendus, les heures rouges et les plaisirs éphémères ? Son corps a-t-il joui par tous les pores, par tous les trous, et de toutes les façons ? Aime-t-il les mots putes ou les tendres poisons ? Alors il raconte, les amours fantaisistes, le goût des femmes mûres, la baise facile, le cul défoncé, les fouets, les sexes à bouche et les femmes volées. Et pendant qu’il raconte, ma main va et vient, avec douceur et envie, ce sexe qui se tend entre mes doigts. La courbure est délicieuse, la tête rosée. Un peu de sel brille sur le gland.

Je suis lucide encore, trop que pour tout oser. J’ai envie d’un alcool fort, comme pour surmonter cette once de timidité, dire plus fort mon envie, ma faim de baise, et de son chibre entre mes fesses, ce sexe au gabarit parfait pour des jouissances infertiles, comme une urgence de plaisir. Je verse l’alcool entre mes seins, l’homme embraye… J’aime comme il répond à chaque proposition, fougueux et excité, dévoué à une seule cause : mes soupirs de  plaisir. Je pousse la fantaisie plus loin, et dépose sur mon corps de ces douceurs sucrées, fruits, crème, dulce di lecce… Il lèche, goûte, rit, suce et mordille, tandis que son sexe grandit d’envie. Il glisse et frôle le mien, s’arrête un instant, et repart de plus belle, juste entre mes lèvres, provoquant des ondées de plaisir. Mais l’homme est taquin, il se joue de ma faim. Mon sexe se creuse, de cette envie irrépressible d’être fourrée, remplie de ses doigts, de sa queue. Dans le même temps, je sais que m’empaler sur lui maintenant provoquerait une jouissance telle que mon sexe ensuite ne voudrait plus que le vide… Je choisis l’attente :  mon amant d’un soir reprend donc quelques fruits, groseilles sur mon nombril, framboise entre mes seins, chocolat dans ma bouche.

Il est temps de partager les plaisirs. Les lèvres encore parfumées de vodka, j’embrasse sa peau jusqu’au ventre, et engloutis avec gourmandise ce sexe droit. Je suçote et caresse, j’explore d’un doigt le pli de ses fesses. Ma langue se délecte de toutes ces saveurs, et de ces frémissements de joies. Entre mes cuisses, l’homme balade les doigts, et boit à la source mes émois. La langue dans mon con, le doigt entre mes fesses, il glisse et je m’offre, impudique. A quatre pattes, je lui tends mon indécente cambrure, pâleur de lune dans la chambre rouge : sondez ma chair, empalez-moi, que j’hurle d’une jouissance brute et tendre à la fois. Avec  douceur, l’homme approche son gland de mes fesses, entre et attend, que le corps accueille, que le plaisir vienne. Lentement, très lentement, il avance en murmurant, il veut jouir là, au fond de mon trou, extase moite et étroite, le sexe enserré d’amour. Entre mes reins la joie, je m’empale et coulisse. La main entre les cuisses, j’accompagne mon cul en jouant du bouton, tandis que sur mes fesses, et dans un grand juron, sa paume claque. J’ai le souffle court, il a le verbe cru, nous râlons, soufflons, haletons. Dans un dernier coup de reins, il propulse au fond de mon cul le lait de sa jouissance, avant de refermer ses bras sur mes seins, dans une tendresse inattendue. Sous les draps, nos corps nus, moites, salés, s’apaisent un moment. Ce soir, je n’aurai pas d’autre amant.  

 

Exercice de style sincère et véritable, écrit en écoutant les musiques de Cymande, Ben Harper, PortisHead, Van Morrisson, Mos Def et Grover Washington Jr.

1 Comment

  • C’est joliment écrit! Très plaisant à lire, un bouquin de cet ordre serait sûrement le bienvenu!
    (Je suis quand même un peu déçu que le sex-appeal d’un homme soit en 2016 toujours limité à sa région pubienne..)

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