Velin

A l’heure des quatre pluies, et des indécences frigides, je veux. Exalter le beau, effleurer ta peau, envirer mes rêves des demains fantaisie, explorer de la langue, les mots, ton ventre, hier. Je porte le sceau de la femme d’ailleurs, comme un hier, une folie comme un bonbon, berlingot de vice et acidulé d’amour, un de ces mélanges audacieux qui goûtent la douce délinquance, tu sais, quand nos retrouvailles se célébraient sur le sol glacé d’une petite chambre, quand nos corps s’apprenaient encore, quand tu avais l’âge des hommes et moi celui des jeunes filles.

C’était. Les corps oublient, crois-tu ? Quand nos devenirs sont devenus, quand d’amants éperdus que sommes-nous ? 
Je t’ai dit vous si longtemps, au courbe de mes reins, je t’ai dit tu au creux de mes seins, je n’ai plus rien dit à l’extase parfaite, quand tes mains, ou ta bouche. 
Oh ta bouche, et ce premier baiser volé, ce baiser au goût de volupté, quand les lèvres chaudes, douces, prolongent avec une générosité imprévue un bécot devenu dévorance. Un soir, au clair de lune, dans les ruines d’une guerre infinie, j’ai goûté à l’étreinte qui retourne la raison contre soi, de ces instants où le non si lointain murmuré est contredit par l’électricité de la peau, la promesse déjà, même si la nuit attendra. 
Il y a ces heures où les peaux se délivrent, la mienne se rappelle parfois, le temps de la vie brûlante, des heures effrénées, les trains de désir et les explorations interdites. Elle me raconte, encore, l’émoi des heures bleues, la caresse d’un sein pas encore fruit, la candeur et la lucidité, l’absolue frénésie de nourrir votre plaisir à coups de bouche, à coups de mots, à coups d’envie ici ou là, quand vous preniez mon ventre comme territoire conquis en toute indécence, le frisson des cuisses, la moite rosée sur vos doigts égarés, la loyauté des amours mortes aux sexes apaisés.

La moitié de nos vies a passé, et parfois, à la nuit ou au vin, quand une odeur, un instant, un lieu partagé, j’ai le souvenir vorace, l’appartenance tatouée, la chair apprivoisée, et les toujours provisoires. Les arabesques dessinées sur la peau de mes reins sont comme autant d’évasion des sens, souvenez-vous mon amour comme nous étions beaux, et fous, et que nous avons brûlé, bien avant de vivre, les secrets d’une éternité.

A l’arrière des berlines, je vous devine.

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