Le verbe


Un homme assis. Sa peau est tiède, son ventre doit être doux. Mes pieds sous la table découvrent un sexe large, raide, lisse. C’est un autre monde, et vous n’êtes pas d’ici. Nous pouvons deviser. Je peux deviner le masque, et susurrer à sa peau. Lui parler du désir, glisser des verbes qu’il ne comprend pas.

Entre mes doigts, les mots qui se dessinent. Entre mes jambes, les doigts qui se faufilent. Les cuisses écartées, je pense au verbe imparfait. Je lui dis la limite, du goût, des choix, de l’absolu, de l’inoubliable désordre. L’indicible de la peau. Les mots qu’on ne dit pas, ceux qu’on garde pour soi, ceux que l’on sait d’avance incomplets. Exprimer un désir, le formaliser, poser des limites, explosez moi le sexe s’il vous plaît, je demande poliment, mais la voix ferme, déshabillez-vous, montrez-moi votre désir, bandez !

Vous chuchotez à mon sexe du bout des ongles. Indécent apprivoisement de vos désirs épurés. Je frôle votre bras de la pointe de la botte. Je ne vous dirai rien. Vous cherchez à me plaire, dans un silence parfait. Votre souffle habille la nudité extrême de mon désir. L’ébauche humide du plaisir fait frissonner votre peau. J’embrase, incendie de la chair, violente couleur, la main claque. Jusqu’où avez-vous confiance ? Votre sexe patient au bord du mien, léchez ce sein, Darling, et écoutez, mon corps vous parle. Quand votre main trace le rude sur mon sein, mon dos se cambre, plus fort, entrez, entrez donc. Entrez dans mon ventre, et goûtez la chaleur, l’eau qui vous noie, dévouez vos reins à la jouissance tandis que je renonce.

Il n’est pas de langue pour rendre vos désirs, les mots ne sont rien, absolue décadence d’expression imprécise. Il n’est rien de plus banal que cet « Embrassez –moi ». Les cuisses écartées sur cette table de bois, ces mots indécis sont fragiles, comme si vos lèvres pouvaient d’une lichée prendre la mesure de ce que je suis.

Le pied sur le sexe d’un homme, je mesure la pauvreté du verbe.

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