Les lignes parallèles

Les pavés belges, c’est un enfer à peine voilé, ça te met un homme à terre. On croit qu’on maîtrise grâce à l’habitude, au vent qui sèche la pluie, aux chaussures tout-terrain qui nous isolent de la terre et ses cailloux. Et puis tiens, prend ça, mords la poussière, la flaque et la gadoue.

Un homme a trébuché. On rit un instant, on sursaute peut-être, on pense égoïstement : “Ouf, ce n’est pas moi”. Mais l’homme est à terre, son sourcil saigne, ses lunettes sont cassées, et sa femme le houspille sans tendresse, “Mais qu’as-tu fait ?”. 

Il est tombé, madame. Il a perdu l’équilibre. Il est gêné, il a un peu honte, il a mal sans doute, là où la peau se déchire, et ailleurs, sous la laine et le coton. Soudain, le roc, l’infaillible, est fragile. Après le premier soupir, les oh et les ah d’effroi, vient ce grand silence. 

Veux-tu une main tendue pour te relever ? Veux-tu sauver le peu de dignité restant et te remettre debout seul ? Veux-tu rester à terre un moment, à goûter la pluie sur tes joues ?   Tu es libre. Tu peux choisir tout, un peu, rien. Tu peux même ne pas choisir. 

Tu es libre.

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