Pure

Un sexe. Ou un autre. Une peau, ou une autre. Impact.

Posséder un corps. A la portée de la première nuit venue. Dans l’abandon des tissus, dans le lit, sur une table, facile. Découvrir les saveurs, faire le tour du propriétaire, les goûts de savon et les yeux fermés, jouissance pauvre, éphémère de la curiosité. Certes les parfums sont différents, mais le voyage est ordinaire.

Si tu n’as que cela à offrir, passe ton chemin. Si tu crois que le désir c’est bander, et le plaisir suprême jouir sur mes cheveux… Passe ta route. Car tu n’as rien compris. Prends ton plaisir seul, dans tes mains ou dans un corps, mais ne me regarde pas, ne me souris pas, ne m’approche pas.

J’ai le plaisir en trop haute estime pour me satisfaire de si peu. Je veux du rude et du relief, des ongles qui arrachent, des failles et des fragilités humaines, du goût, de la vie, de l’envie ! Les muscles plats, les corps trop lisses me fatiguent, me lassent. Et je déteste me faire baiser.

J’aime les hommes plus que moi-même. J’aime voir un sexe dressé à portée de mes mains. J’aime goûter la peau de celui qui partage ma couche, de ma langue caresser son sexe, ses fesses, ses lèvres et tout ce qui fait qu’il est lui, des chevilles aux oreilles.

Et aimer. Sans mesure, à s’éclater au sol à chaque déception, à rêver plus haut que les étoiles, à jouir mille fois, à reconnaître la peau, à ouvrir les yeux, à explorer les plaisirs, à dire et à gémir quand les chairs se lient. Ne pas dire les adieux qui ont tué la foi comme on déchire une mer, les fins d’amour sont tristes ou banales. Je n’ai pas besoin de dire le passé. Je regarde devant. Je suis au carrefour de deux vies, à oublier les lieux, les murs et les routes. J’aime partout et nulle part, de ces amours ineffaçables, qui tatouent les côtes de l’intérieur, de ces appartenances volontaires, se réclamer à vie d’une autre terre, ou d’un pays lointain. Retrouver après le temps d’un jour ou d’une vie les routes des frissons partagés, l’odeur qui trouble et excite la langue, s’apprivoiser au creux d’un lit connu, au milieu d’un pré, au bord d’une autoroute, je me fous du lieu, c’est ta peau. J’ai décidé de vivre le désir, l’accompagnement délicat de mon ventre vers la pluie, l’embrasement de mes reins par des doigts amoureux, l’abandon en confiance de mes armures de force pour une route à dessiner, un chemin où je peux trébucher, avancer à tâtons et aimer, surtout aimer.

Je ne t’offre pas l’ordinaire. D’ailleurs je n’ai rien à offrir. Je peux juste ouvrir le poing, pour te sourire et te dire, encore, que tu me plais, que la route est belle, et mes rêves joyeux. Que je t’accueillerai avec plaisir, dans l’ivresse, dans la conscience douce, dans le réconfort des nuits d’après, mais même cela. Je ne sais rien du voyage. Je sais la douceur de mes lèvres, les ondes de plaisir, l’appétit de te vivre. Je ferai ce chemin d’ouvrir mon âme, mon corps, mes rêves et mes larmes. J’enlèverai les masques. Je réinventerai l’orange, car je suis sorcière et louve, et je trouverai des étoiles au détour de tes nuits. Je caresserai ta peau, j’embrasserai ton cou, je t’évaderai dans mon sexe, je te ferai mourir un peu. Je sourirai au monde tout le jour avec le goût de ton sperme dans le ventre.  Je te donnerai mes mots, et je te prêterai ma peau. Je te trouverai beau, quelque part entre nous.

C’est ma façon d’aimer.  Et toi ?

Ce texte a été publié dans le recueil “Hurler des fleurs”.

13 Comments

  • “Je ne t’offre pas l’ordinaire ” est une phase extraordinaire. Merci pour ces mots. Je découvre le blog avec ce 100e billet qui me donne envie de tout lire.

  • as-tu songé à écrire des chansons…car ça swingue tout ça…Plus que les mots, c'est le rythme que tu imprimes qui m'impressionnes…Un talent forgé d'un tel métal ne reste pas longtemps méconnu…je te prédis un avenir scintillant

  • Le concombre masqué… Rien que le pseudo mériterait un hommage !!! Je ne sais qui vous êtes… Mais merci, j’en rougis de plaisir…
    Il y a dans les textes de l’été 2010 quelques mots, destinés originellement à un projet musical avorté… Mais pourquoi pas ?
    Au plaisir,
    N.G.

  • Et moi ?
    Moi je jouis de joie depuis que je suis là.
    J’aime le flux tendu de votre prose.
    J’aime vos jus de mots jusqu’à l’overdose.

  • @Jeff
    Buvez mes mots, car ceci est mon corps, ma substantifique moëlle, à la fois ce qui me tient debout et m’allonge dans un lit… Paradoxal system.
    Et surtout, surtout… que le plaisir soit avec vous, et avec votre esprit.
    Et merci. Et encore. Et encore merci.

  • Oh merci dis ! Cela me touche vraiment, Verte Tige.
    C’était mon centième billet, écrit cet été, celui où je me suis dit : “J’arrête. ” Et puis non.
    Baiser doux !

  • Mais je le reconnais, ce texte !!!! Que de souvenirs…. de mots et de doigts sur un piano.

    • Oh oui… Que de chemin parcouru ensemble, MAdame la Pianiste.

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