Scylla

Quand la peau rouge, j’offrais mon cul aux mains expertes, bulle de danseuse, grand écart au-dessus de ta bouche, jeux d’insoumise empalée sur un doigt, je regardais ton sexe droit. Je souriais d’avance jusqu’au miel, je ne doutais pas, jamais. Mes seins vers l’horizon, mes éclats de voix impudiques quand ta bouche se faisait vorace, aspirait le bouton rose, quand ta langue s’engouffrait entre mes lèvres, velours contre velours, et tu la tendais au plus profond de moi, et à pleine gorge je jouissais, insolente, sans me soucier de toi. Toi, tu savais. Jamais alors je ne laissais un amant sur sa faim, comme un devoir de jouissance, ou de rendre la politesse, parce que plus tard n’existait pas, c’était maintenant ou jamais, c’était la vague ou l’oubli, la violence ou l’ennui. Nos nuits n’avaient pas de petit matin, il fallait nettoyer ton parfum dans mes cheveux, ton sel entre mes cuisses, rester sage, et raisonnable, foutrement raisonnable. Autant demander à un nuage de chanter.

Quand le cœur pâle, j’offrais mon sein aux mains de l’homme, dans un dévouement bordé de nouilles, chétive créature sauvage, tapie dans un mini nid. Le plaisir me baladait l’âme d’Europe en Scylla, du néant à l’infini. Ça n’a ni tête, dis-tu ? Pense donc. La queue est là, gonflée, violacée, elle tape, tape, tape au fond de l’antre comme pour réveiller ma folie d’être. Et le fil me retend la colonne, et l’émoi bouscule mon cul. Ce plaisir sournois qui rampe malgré toi, comme un premier frisson, mais non, et le sexe qui se gorge, non, non, et les reins presque douloureux, pas encore, pas déjà, laissez-moi le temps de savourer l’éclat, et la nuque étirée, les yeux vers le ciel puis la nuit, et palpite nymphe, palpite ventre, palpite son sexe aussi, et la goutte de sel première, le souffle court, la voix qui force le passage, han, la sueur sur son front, han, non, la dague se prend pour épée, le foutre de gicler. Laissez-moi un instant encore, je suis au bord du gouffre, je veux plonger, je veux me noyer aussi dans cette spirale chevrotante,  ne voyagez pas seul. Il se détourne et roule comme un sanglier rassasié. Où as-tu vu que la chasse était terminée ? Le cor souffle encore. Recharge, ajuste et tire.

Quand le sein bleu, j’ai croisé l’amour. Oh, fichtre, l’amour. Ça ne te regarde pas. C’est comme l’ivresse de midi, et respirer trop fort, courir au ralenti, quand le Boléro faiblit, les trois accords et pencher la tête pour écouter les fadaises jolies. Et le bleu a viré vert, et puis jaune et rose, et mon genou qui saigne, la banquette de voiture, c’est pas bon pour ma peau. Alors s’embrasser à perdre souffle, se fondre dans sa bouche, devenir l’air, devenir l’eau, se noyer sous la douche et jouir un peu, et tu sens sur ta main l’odeur de la nuit? C’est imaginer des souvenirs, manquer son train à trop sourire, et n’avoir plus assez de temps pour tout écrire. La délicatesse du doigt qui effleure le sein. Les reins tendus, les cuisses ouvertes, la pudeur dans le placard, et les ventres qui dansent, indécent ballet, pointe, pointe petite, et bondis de joie, et même…

Le sperme qui coule entre mes cuisses, et tache le drap. Je ne bougerai pas.

Il y a la douleur, ou la honte parfois, d’avoir été plus que d’être. Sais-tu ce que nous fait ce monde ? Il nous formate, comme on nettoie un disque dur, en gommant ce qui nous définit. Et nous devenons grises, tu sais ? Grises et gris, sans vin, sans bruit. Mais les nuages chantent aujourd’hui, et c’est beau.

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